Chroniques de guerre

16 décembre 2013

 

 

Chroniques de guerre d’un Officier de Cavalerie

du 12ième Régiment de Chasseurs d’Afrique

 

12 RCA

 

 

 

Le Capitaine Alfred Emile Canepa

 

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Dossier réalisé par Bertrand Canepa

 

 

Ce récit de la guerre a été écrit en rassemblant des archives militaires[1], les témoignages écrits [2], les archives de la famille Canepa, les connaissances historiques et avec l’aide essentielle du Lieutenant-colonel Auboin. Il se présente sous la forme d’une chronique racontant des fragments de la guerre du Capitaine Canepa, Officier de Cavalerie au 12ième Régiment des Chasseurs d’Afrique pendant la Libération. Cette chronique constitue le fil conducteur d’un hommage plus général à tous les camarades du Capitaine Canepa et à tous les combattants des régiments d’élite qui participèrent à la 2ième D.B. du Général Leclerc. Elle se déroule sur deux périodes différentes de la guerre : celle de 39–41 qui relate la défaite française et celle 1944–45 qui relate la libération.

Alfred Emile Canepa est né en 1911 à Marseille. Sa famille et ses camarades de l’armée l’appelaient Fred. Il s’engage en 1932 comme 2ième  Classe au 9ième  Spahis. Brigadier-chef puis Maréchal des Logis, il est admis dans le Corps des Sous - Officiers en 1937. En août 1939, il est admis au concours d’entrée à l’Ecole des Cadres de la Cavalerie de Saumur.

 

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Capitaine Canepa à la caserne Baudot du 12ième R.C.A. à Meknes

 

1939 -  Ecole de Cavalerie de Saumur

Le 3 septembre, la France et l'Angleterre déclarent la guerre à l'Allemagne Nazie. Des nuages lourds se répandent  sur le pays. C'est alors que commence la "drôle de guerre", une manière  de parler d’une guerre qui n'en finit pas de ne jamais commencer. La population civile se démoralise.  La troupe s'impatiente, alors qu'elle est mobilisée sans vraiment combattre. Les permissions deviennent rares et cela commence à peser sur le moral.

À l'Ecole militaire des Cadres de Cavalerie de Saumur, l'ambiance décrite par Fred[3] est plutôt sereine. Le moral  est  même excellent, en fort contraste avec celui de la population civile, écrit-il. Dans l'état d'esprit des futurs Officiers de Cavalerie, se soucier de l'avenir n’est pas  à l’ordre du jour, fut-il sombre et chargé d’autant d’incertitudes. Dès lors que c'est  la guerre, la nation compte sur son Armée  pour la protéger. Les Elèves–Officiers doivent faire face à la situation et montrer l’exemple.

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Janvier 1940 -  Alfred Canepa, Sous lieutenant à la sortie de Saumur

 

Mai – juin 1940, la bataille de France sur le front de la Somme

Sous-lieutenant depuis le mois de janvier 1940, Fred a été affecté comme Chef du Peloton de mitrailleuses au 13ième  Escadron du  3ième  Bataillon[5] du 7ième  Régiment des Dragons Portés[6].Le 10 mai 1940, les Divisions de Panzers débouchent dans les Ardennes à l'endroit le moins bien gardé. Après avoir rompu le front à Sedan, elles déferlent en quelques jours sur le nord du pays, jusqu'à la Manche. Contrairement à l'idée reçue[7], les troupes françaises résistent de manière remarquable, en infligeant des pertes très sévères à l'envahisseur[8]. Cette résistance farouche  qu'opposent  les troupes françaises à la Wehrmacht n’est pourtant pas  suffisante. Les Alliés sont pris à revers. L'Angleterre doit rapatrier son corps expéditionnaire depuis le port de Dunkerque[9]. Le Général Weygand, nouveau Chef des Armées, ré-organise le front. Avec le déclenchement des hostilités, le 3ième Bataillon du 7RDP est formé à Angers, dans l'urgence[10]. Il est dirigé sur le front de la Somme, dans le secteur de Molliens – Vidame et rattaché au Groupement motorisé du Colonel Langle de Carry[11]. Le 25 mai, le Bataillon est à Quevauvillers. L’ambiance est au beau fixe. Le 29 mai, Fred écrit :

« Depuis que nous sommes arrivé ici, nous sommes survolés par deux avions boches. A 6 heures, surpris par ce survol,  mon camarade m’a secoué… je ne me suis même pas réveillé. Un des avions a été abattu par un avion de chasse français. Ici, on s’en fait pas beaucoup et si les civils avaient le moral des militaires, ce serait parfait ».

 

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Lorsque la seconde phase de l'offensive allemande est engagée le 4 juin, une nouvelle vague de  Panzers Division[12] déferle à nouveau, du nord vers le sud, vers Paris et pour occuper de reste du territoire. Le 5 juin, le Bataillon quitte brusquement le village pour occuper une lisière du bois du Deffroy face au Nord – Est, à 600 m au Nord – Ouest de Molliens – Vidame[13].  Pendant ce temps, à quelques kilomètres de là, les chars de « la Division fantôme[14] » du Général Rommel, la 7ième  Panzer Division, franchissent la Somme entre Longpré et Hangest[15].  Les Français ont le temps de faire sauter les ponts, excepté deux ponts de chemin de fer entre Hangest et Condé-Folie. Rommel fait enlever les rails par le Génie, et fait passer ses blindés.

Une terrible bataille s’engage alors entre la 5ième Division d’Infanterie Coloniale et la  7ième Panzer Division. Le village d'Hangest  ne tombe qu'en fin de journée. Le 53ième  Régiment d’Infanterie Coloniale Mixte Sénégalaise va démontrer une ténacité incroyable en retenant les troupes allemandes. Le Lieutenant-colonel Heysing raconte la prise du village ainsi :

« Sur les deux cents premiers mètres, le mouvement en avant s'exécute bien mais, ensuite, une concentration des tirs atteint brusquement les compagnies. Dès l'entrée dans le village, des tirs de fusils et de mitrailleuses crépitent depuis les persiennes fermées des fenêtres, des grenades à main en forme d'œuf jaillissent des soupiraux des caves et éclatent dans les jambes de nos soldats. Un combat de maison en maison s'engage.

Nos pertes en Officiers et troupes sont grandes. »

Les combats furent très  violents, comme le relate la  Pommersche Zeitung : "les Français combattirent avec acharnement, les noirs utilisaient jusqu’au bout chaque possibilité de défense, chaque maison était défendue. Pour briser cette résistance, il fallut mettre en action les lance-flammes, et pour venir à bout des derniers sénégalais, les tuer un à un ».

Hangest sur Somme tombe dans l’après-midi et les troupes françaises finissent par être encerclées à Airaines, en flammes. Le 72ième Régiment d’Artillerie, réduit à douze pièces, se défend jusqu'à ce que son dernier canon soit détruit. Il est parvenu à détruire trente-deux chars allemands. Les horreurs de la guerre - quand au sort des prisonniers - ne sont pas à l’honneur de l’Armée allemande : 26 sénégalais sont exécutés a Airaines, 86 autres corps sont trouvés au Saut-du-Loup, une centaine de soldats du 12ième RTS sont enfermés dans une grange et sauvagement assassinés. La 7ième  Panzer-Division progresse vers le sud.

À 12 heures, le Chef d’Escadrons De Coux du III/7RDP, donne l’ordre de préparer l’attaque. Le Bataillon doit passer à l'offensive sur une base de départ situé à 4 km au Nord – Est de Molliens – Vidame, probablement à proximité d’Airaine. Le Peloton Canepa est placé sur l’aile gauche de l’Escadron et de l’ensemble du dispositif d’attaque du 3ième  Bataillon.

Après 3 km de marche d’approche, le Peloton est sous le feu des balles qui semblent venir de derrière. Arrivant dans un talweg, il se retrouve particulièrement exposé avec, sur la gauche, une crête boisée. Le Sous–lieutenant demande au Capitaine de Lannurien [16] un G.C. de FM pour assurer la sécurité de l’Escadron, ne pouvant le faire avec des mitrailleuses. Les hommes du  Peloton, refroidis par les balles ennemis, se protègent derrière des meules de paille.

Fred  décide de porter lui-même un compte – rendu de la situation au Capitaine, de façon à donner l’exemple à ces hommes. Deux hommes le voyant partir se précipitent pour y aller à sa place.  Après ces quelques minutes d’arrêts, Fred décide de continuer la marche en avant du Peloton, en laissant sur place le groupe de fusiliers dont la mission  est d’ouvrir le feu sur tout ennemi tentant  d’empêcher la progression du Peloton.

Il est 15 heures quand l’Escadron arrive  à  la base où se trouvent une dizaine de chars du 7ième Cuirassiers. La marche d’approche du Peloton a été longue, faite rapidement, en portant tout le matériel et les ¾ des munitions. À cet endroit,  le Peloton est prêt à partir à l’attaque, alors que la fatigue des hommes commence à se ressentir. Pendant l’après - midi, les 150 chars de la 7ièmePanzer Division poussent sur le plateau au nord de Camps et de Molliens. Ils se retrouvent face aux 87 chars Somua du 7ième Cuirassiers du Groupement de Langle de Cary.

Les blindés allemands contournent  le 3ième  Bataillon sur sa gauche. Ainsi, l’attaque prévue risque de tomber dans le vide. A 15 heures 30, l’Escadron, reçoit l’ordre de se replier sur les hauteurs qui limitent son déploiement à l’Est. Le Peloton de mitrailleuse, traverse rapidement le talweg qui le sépare de la crête, sous les balles, de plus en plus nombreuses.  Elles proviennent clairement du sud.  Fred fait installer le Peloton en batterie, de façon à protéger le repli de l’Escadron sur les taillis, protégeant des vues, sinon des coups ennemis. Les combats de chars durent toute la soirée, le I/7ième  Cuirassiers freine l’avance de la 7ième Panzer Division qui ne peut se maintenir à Camps. Cependant, l’encerclement gagne lentement à l’ouest et au sud-ouest où progresse également la 5ième Panzer Division.

L’attaque allemande est générale de la mer jusqu’à AMIENS. Vers 19 heures, le Capitaine de Lannurien fait replier l’Escadron de 300 m, pour pouvoir retrouver la liaison avec le reste du Bataillon, très en arrière. A ce moment, l’ennemi est dans toutes les directions sauf à l’Est. A 22 heures, l’ordre est donné par le Chef d’Escadrons De Coux de se replier en direction de l’Est sur la voie ferrée de Molliens Vidame, situé à 3 km. Le Capitaine de Lannurien reçoit l’ordre d’installer les Pelotons de FM et de mitrailleuse pour protéger le Bataillon.

Le 6 juin, à 4 heures du matin, Fred a fait mettre en place le Peloton avec ses mitrailleuses et une DCA.  Il fixe à ses hommes les missions de chacune des pièces : « on pouvait arrêter momentanément un ennemi à pied, même en force », écrit le Sous–lieutenant.

D’un moment à l’autre, l’attaque de l’ennemi embusqué dans les bois d’en face, à 500m, est attendu. Des tirs d’artillerie et bombardements intenses visent Molliens-Vidame. A 9 heures,  la 7ième Panzer Division s’ébranle de Camps jusqu’au bois de Deffroy, bousculant au passage deux Escadrons Somua du 7ième Cuirassiers. Le 2ième  Escadron de Chars résiste avec l’aide du 3ième Bataillon / 7RDP De Coux . Les Panzers débordent Molliens-Vidame par l’ouest rejetant le III/7e RDP vers le bois de Smermesnil. Le III/7e RDP appuyé par le 7ième Cuirassiers, tient Molliens-Vidame et Bougainville. Les chars de Rommel font face à une nouvelle contre-attaque française menée par le 7ième Régiment de Cuirassiers. Ce Régiment ne compte plus que quatre-vingt-cinq blindés dont seulement vingt-cinq Somua S35.

L’Adjudant-chef Pierson, à la tête d’un Peloton de 4 Somua, détruit à lui tout seul 15 Panzers. Pour diminuer les pertes en tanks que pourrait subir sa division, Rommel préfère mettre en avant son artillerie et repousse ainsi l'attaque des cuirassiers. Les pertes françaises sont lourdes : en cette seule journée soixante-treize chars sont détruits.

La 7ième Panzer Division atteint le plateau d'Hornoy avant la tombée de la nuit. L’Escadron De Lannurien reçoit l’ordre de se replier à nouveau et d’occuper un petit bois à 800 m en arrière de Molliens-Vidame. Pendant la traversée de Molliens Vidame, les bombardements sont violents. Le Peloton parvient jusqu’à une position où se trouvent 3 pièces de 75, isolées, dépourvues de munitions et repérées par l’artillerie adverse. A cet endroit, il retrouve 8 chars du 7ième Cuirassiers. Désormais, il n’y a plus aucune liaison avec le reste du Bataillon. Il est 14 heures et les hommes du Peloton Canepa sont épuisés ; ils ont dû manœuvrer comme un Peloton de Fusiliers. Ils n’ont plus été ravitaillés, depuis 48 heures. L’encerclement est confirme au sud.

Afin de rejoindre le reste du Bataillon, la décision prise est de partir vers le sud, comme le font les chars. En marchant le long des bois, les hommes, repérés par l’artillerie, subissent encore un bombardement intense d’obus de 105, tirés d’assez près. Les hommes rentrent dans le bois et s’aplatissent au sol :

« J’avais demandé aux hommes de rester en liaison à vue avec moi et de faire comme moi ; en fait,  je me couchai derrière un arbre face à l’arrivée des obus » écrit Fred. Son Peloton déplore 2 morts et 2 blessés. Il précise : «  il est probable que les autres Pelotons connurent au minimum les mêmes pertes car j’ai eu de la chance de me trouver entre deux tirs de hausses différentes ».

 

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Les Panzers allemand lors de l’offensive du 5 juin sur la Somme

 

Les derniers hommes du 13ièmeEscadron sont capturés à Poix-en-Picardie.

Le bombardement a comme effet de disperser l’Escadron dont il ne reste plus qu’une dizaine d’hommes du Peloton Canepa ( au ¾ complet ), du P.C. du Capitaine de Lannurien et du groupe de G.C. de F.M.  La patrouille repart à l’intérieur du bois en direction du sud, en amenant les blessés. Elle arrive à Saint Aubin.

Les blessés sont soignés dans la seule maison restée occupée par un vieil homme. Un chariot découvert dans une remise servira à transporter les blessés. Après  avoir bu un peu d’eau, la patrouille reprend sa route vers Frécamp. Il est alors 18 heures. Après 2 km, ils arrivent sur une crête. A 1 kilomètre, ils aperçoivent une colonne de chars ennemis, des unités à cheval. Des Fantassins se détachent de la colonne et se dirigent vers la patrouille, tandis que les balles recommencent à siffler. La patrouille parvient, en appuyant sa marche, à gagner les bois.

Entre temps,  l’effectif  «  est augmenté d’un Lieutenant blessé à la cuisse et d’un soldat du 14ième Escadron ». Ils arrivent à Frécamp, toujours poursuivis par l’ennemi qui avance en ligne dans le bois, en hurlant à leurs trousses. Sortant du bois, ils atteignent une petite route où se trouvent des chars du 7ième Cuirassiers, arrêtés en colonne. Il s’agit de tout ce qu’il  reste comme chars du Groupement Langle de Carry.  Celui-ci vient d’être débordé sur sa gauche par la 7ième  Panzer Division, débouchant de Bussy-lès-Poix en direction de Thieulloy-l’Abbaye et Vraignes.

Subissant à nouveau de fortes pertes, le 7ième Cuirassiers se retrouve ainsi replié dans les bois sud de Frécamp. Il ne possède plus que 16 chars sur les 87. Fred  prend liaison avec l’un des Officiers de l’unité. Celui –ci  lui dit qu’ils viennent d’être copieusement bombardés par l’artillerie et l’aviation, qu’ils sont  poursuivis par l’ennemi venant du nord-ouest. Fred lui répond  que ce qui reste de son Escadron est poursuivi par l’ennemi venant de l’Est. A ce moment, les poursuivants aux trousses se présentent  à la lisière du bois, à 400 m des chars. Le hurlement des « boches » s’arrête. Un char sort du bois et en rentre aussitôt.

Puis s’en suit, un violent bombardement d’artillerie et d’obus anti-chars, accompagnés de balles qui s’abattent sur les chars et les hommes de l’Escadron. Les hommes se couchent dans les fossés derrière les chars qui partent quelques secondes plus tard. Fred écrit :

« Je bondis de l’autre côté de la route pour reconnaître un endroit où nous pourrions être à l’abri. Ayant trouvé, j’alerte de la voix le Capitaine et les hommes et nous passons tous dans un immense trou au milieu des buissons. Nous sommes restés là trente minutes, complètement  ahuris ». 

Un bruit de tir de DCA française semble avoir été entendu du côté de l’aéroport de Poix, situé sur le plateau à la gauche de la route. Fred part alors, moitié sur les genoux, moitié rampant, faire une reconnaissance en cette direction. Il fait ainsi 300 m. La voie lui apparaît libre. La fatigue étant forte, le Capitaine de Lannurien et le Sous-lieutenant décident d’attendre la tombée du jour. Soudain, deux avions sont descendus par la DCA. Le Capitaine les reconnaît comme étant français, malgré la faible visibilité.

Le Capitaine et le Sous-lieutenant sont convaincus que l’aviation française relève d’une chimère. Ils en concluent que ce sont des avions allemands. Et qu’en toute logique, la DCA est française ou anglaise. Pour Fred, ce raisonnement plus ou moins solide s’explique par l’état de fatigue physique. Les deux Officiers décident alors d’aller dans la direction d’où partent les coups, au sud–est.  Il est 20 heures 30, la nuit est tombante. Après avoir fait 400 mètres sur les contours de l’aéroport, ils voient des silhouettes. A mesure qu’ils s’approchent, les silhouettes s’effacent derrière des sacs de sable. Arrivés à 100 mètres, Fred s’écrie : «  ce sont des anglais ». Mais aussitôt, à leurs gestes menaçants, chacun comprend  l’erreur.

Instinctivement, le Sous–lieutenant regarde ses hommes qui ont l’air « assez peu émus d’être prisonniers ». Quand au Capitaine et au Sous–lieutenant, ils sont consternés d’avoir confondus une DCA allemande pour une française ou anglaise. Fred a son FM et deux de ses hommes ont en un aussi. Il songe alors à fuir tout de suite pour repasser les lignes françaises : « mais nous étions trop près, le terrain était plat et j’étais vraiment trop fatigué, comme tous d’ailleurs ». La chance de pouvoir s’échapper vivant est nulle. Deux hommes s’avancent vers eux, tandis que deux autres les mettent en joue. 

Cette journée « lamentable » est le 6 juin. C’est ainsi que les derniers hommes du 13ième Escadron ont été  fait prisonnier, à proximité de l'aérodrome de Poix en Picardie. Le lendemain sera la confirmation de la rupture générale du front français[17], sur la Somme. La guerre a assurément basculée à l’avantage de la Wehrmacht. Fred se trouve prisonnier avec d’autres rescapés d’une bataille de France qui en 3 semaines se  solde par une  hécatombe[18] en vies humaines : 92 000 soldats, tués au champ d’honneur et, depuis, relativement oubliés d’une mémoire collective qui a eu tendance à vouloir oublier la défaite de 1940.

 

Une évasion risquée en zone occupée

À partir du 7 juin, le Capitaine de Lannurien, le Sous-lieutenant Canepa et tous les hommes de l’Escadron capturés, marchent dans une colonne qui remonte les prisonniers vers le nord. Dés le premier soir, Fred projette de s'évader. De Lannurien lui conseille d'attendre, de récupérer un peu, avant de tenter l'escapade.

Les prisonniers marchent beaucoup, mangent peu et pas souvent, ce qui ne favorise pas la récupération nécessaire à une évasion. Le 14 juin, à proximité de Béthune, Fred profite d’une halte, de l'inattention des gardes du corps et de l’obligeance d’un camarade pour se faufiler dans une haie remplie de ronces.

Le 16 juin, après pas mal d’incidents, il arrive en civil à Arras, une «ville remplie de boches». La première personne qu'il rencontre est le Capitaine des pompiers. Celui-ci le dissuade de chercher à passer en Angleterre ou de rejoindre les lignes françaises. Même en faisant 50 kilomètres par jour, il risquerait de ne jamais rattraper la ligne allemande. 

Cet homme prend alors un énorme risque en lui offrant l'hospitalité chez lui, pendant trois semaines. Pour le cacher, il lui propose d'apparaître en plein jour, employé comme pompier de la Compagnie. Les patrouilles allemandes tournent sans arrêts dans la ville d’Arras, cherchant activement les fugitifs.

Un jour, l’Officier d’une patrouille  allemande oblige Fred, déguisé  en Sapeur - pompier, à monter sur la grande échelle. Une fois arrivé tout en haut, il le somme de lâcher les mains, de faire l'équilibriste. Il veut s’assurer qu'il est un vrai pompier et non un fugitif. La moindre hésitation de sa part pourra être interprétée comme l’autorisation au «boche» de faire feu sur une belle cible d’entraînement. Il ne doit surtout pas trembler au dessus de cette  mitraille latente ennemie, pointée vers lui. Il doit oublier toute tentation  de fuir dans une cascade qui serait autant périlleuse que spectaculaire, que fatale.

 

L’Ecole de Cavalerie de Saumur signe le premier acte de la résistance militaire en France

Le 17 juin[19], le Maréchal Pétain appelle à cesser les combats.

Le Colonel Michon, commandant l’Ecole de Cavalerie de Saumur, et son Chef d'Escadrons Lemoyne convoquent  les cadres et les élèves Aspirants, afin de leur exposer la situation. Les élèves de l’Ecole refusent d’exécuter l’ordre de se replier sans combattre. Ils sont tous volontaires pour empêcher les allemands de franchir la Loire, et de se battre pour sauver l'honneur de l’Ecole, sachant d'emblée qu'ils n'avaient aucune chance d'arrêter l'ennemi pendant longtemps.

Avec un maigre effectif, des armes d'instruction, sans approvisionnement de munitions, l’issue de ce combat inégal était connue de tous. Quand le 19 juin, la 1ière  Division de Cavalerie Allemande arrive sur Angers, tous refusent  de se rendre. Après avoir fait sauter les deux ponts de Saumur, celui de Gennes ainsi que le viaduc de chemin de fer de Montsereau, les élèves Officiers résistent avec acharnement et héroïsme, empêchant  l'armée allemande de franchir la Loire, pendant 3 jours[20], du 19 au 21 juin 1940.

Ils se battent  -  pied à pied - avec des moyens dérisoires jusqu'à la dernière cartouche. Peu nombreux sont les camarades de Fred qui survivront  à cette bataille sur la Loire. L'Ecole perdra 4 Officiers, 1 Sous-officiers et 79 élèves Aspirants....  Les "Cadets de Saumur[21]", par leur faits d'armes de ce mois de juin 40, resteront dans les annales de l'histoire de la deuxième guerre mondiale comme le premier acte de résistance (militaire et civile), contre l'ordre de cessation des combats.

 

Juillet 1940, retour  en zone libre en moto… allemande

La famille de Fred est sans nouvelle de lui depuis la fin du mois de mai. Fernand Canepa, le père de Fred, fait tout ce qu'il peut  auprès de la Croix Rouge Internationale pour savoir si son fils est encore vivant.

Après la fin des combats, le 3ième Bataillon ( 7RDP) s’est  replié à Montauban en zone non occupée. Le 25 juin, Fernand reçoit un courrier du Chef d’Escadrons, le Commandant De Coux. Celui-ci explique que " son Bataillon  avait  beaucoup souffert sur la Somme, qu’il avait perdu 20 Officiers sur 29 et qu’il avait de l’estime pour le Sous-lieutenant Canepa qui s’était montré un Officier magnifique". La famille de Fred devra attendre encore un mois pour recevoir enfin un courrier de Fred et apprendre qu’il n’avait pas été tué comme tant d’autres de ses camarades.

 

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Laisser passer obtenu avec la complicité de la mairie d’Arras et du Capitaine des pompiers

Avec  la complicité du Capitaine des Pompiers et de la mairie d’Arras, il obtient une fausse carte d'identité ainsi qu'un laisser passer de la Kommandantur. L'occupant autorise le pompier à circuler au motif, aussi faux que crédible, de rejoindre sa femme très malade, jusqu'à Troyes.

Le 9 juillet, après avoir  remis en état une moto allemande fournie aux pompiers par la Wehrmacht, il s'élance  sur les routes de la France, habillé dans sa tenue de pompier et avec de l'essence allemande... Une fois dépassé Troyes, il doit convaincre les kommandantur successives[22] que sa femme est partie toujours plus au sud... le 12 juillet 1940, après avoir parcouru plusieurs centaines de kilomètres au milieu du désastre de la débâcle et après avoir été arrêté une douzaine de fois, il franchit enfin la ligne de démarcation.

Puis il rejoint la place militaire de Lyon[23]. Il se souviendra de ce "brave homme" de Capitaine des Pompiers, sans doute l’un des tous premiers résistants anonymes… Il a bien mis en péril sa propre vie, permettant ainsi à un Officier de l'Armée Française de ne pas se faire reprendre, lui évitant ainsi d'être fusillé ou ce qui serait pire  encore pour un Cavalier, de devoir survivre pendant 5 ans dans un camp de prisonniers en Allemagne.

Cet épisode de campagne vaudra à Fred la Croix de Guerre et une première citation:

« Engagé à fond avec son Peloton, le 6 juin 1940, dans les bois au sud de Molliens Vidame, a réussi avec quelques hommes, bien qu’encerclé de toutes parts, à traverser la ligne ennemie. Fait prisonnier au cours de sa retraite, s’est évadé à Béthune et, avec un courage et une volonté farouche, a réussi à rejoindre les lignes françaises».

 

Octobre  1940 : l’Ecole de Cavalerie de Saumur se prépare à une reprise des combats

En application des accords d’Armistice, l’Armée Française est réduite par l’occupant. 22 000 Officiers sont démobilisés. Après les durs combats sur la Loire, l’Ecole des Cadres de Cavalerie de Saumur a réussi à se replier sur Tarbes.  Le 1ier octobre 1940, elle rouvre ses portes. En novembre, Fred démissionne des cadres Officiers de l’Armée pour réintégrer l'Ecole de Cavalerie et ainsi poursuivre sa formation interrompue par le déclenchement des hostilités. 

 

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  Canepa, 3ième en partant de la droite en novembre 1940 à l’Ecole de Cavalerie de Saumur à Tarbes

 

Il y rencontre d’autres  Officiers comme le Lieutenant Baillou et le Lieutenant Gribius[24], appelés à devenir des Cadres de la  2ième Division Blindée et du 12ième Régiment des Chasseurs d’Afrique.

Gribius, futur adjoint de Leclerc, est alors instructeur de l’Ecole. Il raconte dans son ouvrage[25] qu’il fallait « dissimuler aux yeux ennemis les effectifs, en Officiers notamment, que les allemands contrôlaient soigneusement ». Chaque Officier reçoit des nominations fantaisistes pour dissimuler ses fonctions véritables. Il raconte l’ambiance et l’état d’esprit de sa réouverture:

« La petite équipe que nous formons passe ses journées à préparer l’ouverture de l’Ecole, ses nuits à courir forêts et montagnes à la recherche de cachettes sûres pour y camoufler armes et munitions, en vue du combat futur ». « Les premières semaines de l’Ecole sont  enthousiasmante. Il règne une ambiance de camaraderie, de loyauté, de complicité aussi telle que nous reprenons tous espoir ; nous nous sentons – et moi le premier – prêt à toutes les missions, favorables à toutes les aventures ».

Dans un courrier, Fred évoque les manœuvres de nuit ; ainsi que la situation de restrictions des moyens que les accords ont laissés à l’Ecole de Cavalerie pendant l’armistice:

« Vendredi matin, de bonne heure,  nous sommes partis faire une longue manœuvre : je commandais au début un Peloton cycliste…je dis bien cycliste.

Au mois de décembre 1940,  Gribius est nommé Capitaine et reçoit le commandement du tout dernier Escadron de Char restant à l’Armée Française, suite à l’armistice. Il a pour mission de partir à Dakar, loin des commissions de contrôle, afin de créer une unité blindée en vue de la libération[26]. Cette unité sera à l’origine de la création en 1943 du 12ième Régiment des Chasseurs d’Afrique.

En mai 1941, après le stage de 6 mois à l’Ecole, Fred est de nouveau Sous–lieutenant. Il rejoint alors l’Afrique du Nord  au 5ième  Régiment des Chasseurs d’Afrique, à Alger.

Avec l’invasion allemande de la zone sud, l’Ecole de Cavalerie de Saumur est dissoute avec l’ensemble de l’Armée d’Armistice. La plupart des Officiers formés à Tarbes parviendront à s’échapper en Afrique du Nord par l’Espagne. Ils constitueront pendant la libération l’encadrement de la 2ième et de la 5ième Division Blindée. Après le débarquement des alliés en Afrique du Nord, le 8 novembre 1942, Fred participe à la Campagne de Tunisie avec le 5ième R.C.A. avec un détachement de marche ( 1er et 3ème Groupe d'Escadrons) avec la Brigade Légère Mécanique, combat sur l'axe Sbiba-Sbeitla et opère dans la région Pichon Kairouan fin 1942[27].

 

 

Septembre 1944 – Campagne des Vosges 

 

Appelé à rejoindre la 2ième Division Blindée

Fred [28] est au Maroc quant il est appelé, fin août 1944[29],  à rejoindre la 2ième Division Blindée. Lorsqu’il embarque à Oran pour Marseille, il se retrouve avec les autres unités qui vont participer à la libération.

Depuis le débarquement des Alliés en Provence[30]et la libération de Marseille[31], commence l’acheminement de l’Armée française[32] reconstituée en Afrique du Nord, ainsi que le matériel et les approvisionnements nécessaires pour assurer la logistique d’une campagne de libération qui va durer encore 10 mois.

Le 9 Septembre 1944, après 6 jours en mer, le bateau arrive devant la Joliette. Depuis le pont, le Lieutenant revoit enfin  sa ville natale. Après trois ans de séparation[33], il va pouvoir, enfin, retrouver sa famille et  participer aux combats  sur le sol français[34].  Il écrit à sa famille qui l'attend à Aix en Provence, libérée depuis quelques jours:

« Bien chers parents vous voilà libres. Encore un peu de patience et tout aura repris normalement. Il s’en est fallu de peu que je sois là bas aux premières loges. C’est mon grand regret. Je pense malgré tout être pour le 2ième acte… ».

 

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À ce moment, la 2ième D.B. a déjà débarquée à Utah Beach en Normandie, a libéré Paris[35] et commence sa marche vers l’Est. Il rejoindra les Chasseurs de la Division en pleine campagne des Vosges, début octobre. 

Constituée au Maroc entre septembre et décembre 1943, par fusion de différents Régiments, la 2ièmeDivision Blindée assemble 17 000 hommes, habillés et armés par les Américains. Ces hommes sont d'origines ethniques, religieuses et d'opinions politiques très diverses. Il y a des maréchalistes, des gaullistes, des combattants des brigades internationales, des socialistes, des libres penseurs, des Juifs, des chrétiens, des musulmans. Ce que ces hommes ont en commun, c'est "la haine du Boche et l'amour de la patrie". Leclerc avait réussi le tour de force de l’amalgame, en forgeant une troupe motivée et homogène.

 

CNE CANEPA 9

Le Général Leclerc

 

La 2ième D.B. est organisée selon les 4 Groupements Tactiques:

-  le  GTD du Colonel DIO (Chef de Corps du Régiment de Marche du Tchad) 

-  Le GTW du Colonel Guillebon, 

-  le GTR du Colonel Rémy,

-  le  GTL du Colonel de Langlade.

Ce qui caractérise cette organisation en groupements tactiques, est que les unités peuvent changer de commandement rapidement, passer d'un groupement à un autre, presque au jour le jour, selon les configurations de combat. Le Colonel de Langlade écrira:

« La dissociation du Groupement tactique va se renouveler à plusieurs reprises. Elle permet au Général commandant la Division d’augmenter comme il veut le poids de ses effectifs sur le point choisi. C’est cependant une manœuvre délicate, nécessitant en outre des transmissions impeccables, une véritable maîtrise de la part des exécutants. Elle repose sur une armée de métier et la qualité de l’encadrement.

Il n’est pas connu d’exemples analogues dans d’autres divisions blindées, de changements de commandement semblable en pleine bataille. Il y fallait l’entraînement remarquable d’une division particulièrement instruite et soudée ainsi que le génie du cavalier risque-tout mélangé du veneur fanatique habitué à  rameuter ses chiens de queue sur ceux de têtes. Cet homme était le Général Leclerc ».

 

Les allemands préparent une contre-offensive

Pour contrecarrer l’offensive des Alliés, Hitler fait édifier deux lignes de défense dans les Vosges. Il prépare également une vaste contre attaque à partir du plateau de Langres, dont le but est de protéger les troupes de la 19ième armée en retraite depuis la Provence et, d’autre part, d’enfoncer le flanc droit de la 3ième  Armée Américaine dans sa marche vers l’Est.

Ce projet de contre-offensive est engagé par le Groupe d’Armée G ( Heeresgruppe G) dont le PC est à Gérardmer. Sa force de frappe est constituée par la 5ième Armée Blindée[36] dont les Panzer Brigade, commandées par le Général Von Manteuffel, rappelés spécialement de Russie par Hitler. Ces Panzer Brigade sont composées d’au moins 90 chars chacune. 

Les État-majors alliés manquent de renseignements précis sur le plan de cette contre–attaque. Ils savent cependant qu’il y a du « lourd » à venir. 

 

Le G.T.L. est lancé à l’avant–garde de la 2ième D.B.

Lorsque le 8 septembre, la 2D.B. quitte la Région Parisienne en direction des Vosges, elle est intégrée au 15ième Corps d'armée américaine du Général Haislip qui couvre le flanc sud de la 3ième Armée[37] du Général George S. Patton. Le 15ième CAUS est constitué au nord par la 79ièmeDivision d’Infanterie US ( DIUS) et au sud par la 2ième  D.B. française.

Depuis la Normandie une profonde estime s’est établie entre Haislip et Leclerc. Le Major Général Américain  laisse le choix à Leclerc de l’itinéraire, conduisant jusqu’à la Moselle. Placé au flanc droit de l’offensive des Alliés, Leclerc sait qu’il va rencontrer, avant la Moselle, la résistance Allemande. Il ignore encore que l’ennemi prépare la contre–attaque dans une direction qui traversera l’axe de progression de l’avant–garde de la 2ième D.B.

Placée sur le flanc droit de l’ensemble du dispositif d’ensemble des Alliés, la 2ième D.B. est particulièrement exposée à cette contre-attaque allemande, en attendant de pouvoir faire la jonction avec la 7ième armée US et la 1iere Armée Française, remontant du sud de la France. Comme en son habitude, il envisage de faire irruption avec le maximum de vivacité et créer l’effet de surprise dans le dispositif ennemi, en contournant les points d’appui allemand, les laissant aux unités des autres groupements, en faisant progresser ses unités de tête par des routes secondaires. La tactique choisie est celle du cavalier : foncer aussi vite que possible pour prendre l’ennemi de vitesse constitue le facteur de succès, quelque soit la force de l’ennemi.

Il décide de placer en tête le GTL le Colonel de Langlade qui fut le premier commandant du 12Ième R.C.A., en qui il a entièrement confiance.

Le  G.T.L. Langlade est  composé :

-         du 12ième Régiment des Chasseurs d’Afrique ( 12 R.C.A. )  

-         du 2ième  Régiment de Spahis Marocains ( R.M.S.M. )

-         du 2ième  Régiment de Tchad  ( R.M.T. )

-         du 4ième  Régiment du Bataillon des Fusilliers Marins ( R.B.F.M.)

-         1/40ième  R.A.N.A.,

-         2/13ième  Bataillon du Génie.

Le GTL est divisé en deux Sous-groupements :

-         le Sous-groupement  MINJONNET[38], Commandant le 12ième R.C.A.

-         le Sous-groupement MASSU, Commandant du 2ième R.M.T..

 

Le 11 septembre, en une journée,  le G.T. L. parcourt 150 km pour atteindre et libérer Contrexéville. Vittel est libérée le 12, au matin.    

____________________

[1] Archives militaires de la Défense à Vincennes

[2] Généraux Gribius et de Langlade compagnons et adjoints du Général Leclerc, Jacques Salbaing

[3] Alfred Canepa est appelé « Fred » par son entourage familial et ses camarades.

[4] Il aura cependant quelques reconnaissances d'invalidités du fait de chutes à cheval

[5] 13ième Escadron du Capitaine de Lannurien et le Chef d’Escadrons est le Commandant  De Coux

[6] Commandé par le Colonel de Longemard

[7] Les recherches historiques récentes ont démonté l'idée reçue d'une débâcle militaire en 1940. Bien au contraire, si il y a eu défaite elle a été dans l'honneur malgré un rapport de force inégal, au mois de juin.

[8] Au 4 juin, 1500 chars allemands sur les 3039 engagés ont été détruits après les 26 premiers jours de l'invasion.

[9] Début juin 200 000 anglais avec 120 000 français

[10] Destiné à la constitution de 4ieme DLM qui n'aura pas le temps de voir le jour. Le 3ieme Bataillon n'aura  pas le temps de terminer l'instruction pour prendre connaissance du matériel, des hommes, des chefs et leurs subordonnés.

[11] Commandant le 7ième Cuirassier

[12] 10 Panzers Division et 2000 chars et 88 divisions d'infanterie

[13] Rebaptisé Molliens – Dreuil

[14] à cause de sa rapidité

[15] Entre Picquigny et Amiens

[16] Commandant le 13ième Escadron

[17] Mis en place par le Général Weygand

[18] Au bilan de mai - juin 40, il y a eu 92 000 soldats français tués et environ 2 millions de prisonniers

[19] L'appel du Maréchal Pétain à cesser le combat, le 17 juin 1940

[20] Du 19 au 21 juin 1940

[21] Le commandant de la 1iere Division de Cavalerie allemande, le Général Vornach utilise dans son rapport du 3 juillet, l'expression de "Kavallerie Kadetten" pour désigner les élèves de l'Ecole contre lesquels il a dû combattre. C’est l’origine de l’expression des  "Cadets de Saumur".

[22] De Dijon, Chalons, Buxy et Cluny

[23] Il sera ensuite affecté à la DC14 de Vienne

[24] Lors de la Libération en 1945, il commandera au sein du GTL Langlade de la 2ième D.B., le  « Sous-groupement Gribius » dont le 4ième Escadron de Char du 12ième R.C.A.

[25] Une vie d’Officier, Général André Gribius , éditions france-empire

[26] Le blog des anciens du 12ième R.C.A. explique l’histoire de cet Escadron dans la suite des évènements.

[27] Le 5ième R.C.A. participe aux combats de Pont du  Fahs , Bir-Halima dans le Djebel Zaghouan, rentre en Algérie. Réorganisé en 1943 le 5ème R.C.A. devient l'un des régiments de chars de la 1 ère  D.B.  pendant la Campagne de France et d’Allemagne en 1944 - 45

[28] Nommé Lieutenant en décembre 1941,

[29] En mai 1941, il est à Alger au 5ieme R.C.A.. Il participe en décembre 42 à la Campagne de Tunisie, premiers combats de libération avec les alliés américains et anglais

[30] 15 août 1944 dans le massif des Maures

[31] le 29 août 1944 par 1iere Division Blindée du Général Delattre

[32] Les Français étaient parvenus  à reconstituer une armée de 450 000 hommes.

[33] Arrivé en mai 1941 à Alger au  5ieme Régiment des Chasseurs d'Afrique

[34] Sa dernière  campagne est la Tunisie en novembre et décembre 1942 

[35] 24 août 1944

[36] 5ième , 11ième et 21ième Panzer, 17ième Panzer SS, 15ième Panzer Grenadier, 106,107,108,111,112,113ième Panzer Brigade

[37] Depuis le 1ier août , la 3ieme armée alliée comprend 8ieme CA , le 20ieme et le 15ieme.

[38] Le Lieutenant - Colonel Minjonnet sera remplacé par le Chef d'Escadrons Gribius en janvier 1945

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Bataille de chars à Dompaire [1]

 

En fuyant Vittel, les Allemands laissent un brasier de leurs documents à l’Hôtel de ville. Avant qu’il ne brûle, le journal des liaisons téléphoniques, entre la 112ième Panzer Brigade et son PC,  est récupéré[2]. Ce document donne la position de 97 chars et de Panzer Grenadiers qui se dirigent vers Dompaire. La plus grande bataille de chars de la Libération, entre deux grandes formations blindées, est annoncée.

Les combats se déroulent les 12 et 13 septembre 1944 sur un plateau, entrecoupé de collines et vallées, dans un quadrilatère de 5 km entre les localités de Dompaire, Damas, Ville-sur-Illon et Bègnecourt. La vallée de la Gitte, où se trouve Dompaire, a été choisie par l’État-major allemand pour acheminer de nombreux chars lourds et unités d’accompagnement, entre Epinal et Mirecourt. Elle va constituer le lieu principal de  la bataille.

 

Un rapport de force déséquilibré

Le déséquilibre des forces entre Allemand et Français est grand. Côté Français le Sous-groupement Massu est équipé de :

-         14 Sherman avec canon de 75, 1 Sherman  avec canon de 76 ,

-         3 tanks destroyer avec canon 76,

-         3 mortiers de 81,

-         3 Halfs tracts à mitrailleuses lourdes,

-         2 Compagnies d’Infanterie,

-         6 canons anti – chars de 57,

-         6 automoteurs de 105.

Le Sous–groupement Minjonnet est équipé de :

-         15 Sherman de 75, 1 Sherman de 76,

-         4 TD de 76,

-         1 auto-mitrailleuse de 37,

-         1 Compagnie d’Infanterie,

-         4 canons anti-chars.

Le PC du G.T. L.  est équipé de :

-         15 Sherman de 75, 1 Sherman de 76, 5 chars légers de 37,

-         4 TD de 76,

-         1 auto mitrailleuse de 37,

-         1 Compagnie de génie,

-         2 canons anti chars. 

Côté Allemand, il est toujours difficile, plus de 70 ans après, d’établir le nombre précis[3] des matériels et des hommes en présence. Les estimations des moyens de la 112ièmebrigade  sont :

-         90 Mark IV avec canons de 75

-         20 canons d’assaut / obusiers de 75

-         6 canons anti chars dont 3 de 88

-         3 canons tractés de 105

-         2 obusiers de 150

-         2 bataillons de Panzer grenadier soit 600 à 800 hommes. 

Les Allemands disposent de plus de blindés, plus puissamment armés. Le blindage de leurs chars est  plus épais. L’artillerie est plutôt en faveur du G.T.L. Au niveau de l’échelon d’attaque, le G.T.L. est largement surclassé : il s’annonce en réalité, une confrontation entre 29 chars contre 90. Leclerc mesure très vite l’ampleur de la contre–attaque allemande. 

 

Leclerc modifie les plans d’attaque

L’engagement prévisible entre deux forces inégales conduit aussitôt Leclerc à demander l’aide aérienne. Le 15ième  CA US mettra à la disposition de la 2ième  D.B.,  le Colonel Tower de l’US AIR FORCE. Sa présence au sein du GTL,  assurera la liaison avec la Tactical Air force, située à Rennes.

Disposant de plus en plus de renseignements, Leclerc apprécie judicieusement que le danger s’est déplacé et que la contre-attaque en provenance d’Epinal met en péril le sous groupement Massu, en pointe sur Dompaire. Alors que le 12 septembre matin, Minjonnet se prépare à attaquer St Remimont, pendant que Massu attaque Vittel, Leclerc transmet un  contre ordre au  PC à 9 heures 30. Leclerc décide de modifier ce plan initial en détournant le Sous-groupement Minjonnet au sud de Vittel, de façon à contrecarrer les offensives qui viendraient du flanc droit de Massu. Cette modification est révélatrice de la tactique Leclerc.

 

Premiers engagements au carrefour de la D18 et la N429

À 11 heures, le Sous–groupement part d’Auzainviller sur le nouvel itinéraire [4] défini, jusqu’au Thuillères. Le 4ième Escadron de Chars du 12 R.C.A. commandé par le Lieutenant Baillou est à l’avant garde du Sous-groupement.

En arrivant en vue de Dombrot-le-sec, la colonne est attaquée par mégarde par l’aviation alliée. Le char « Guyenne » est touché, le radiateur percé. Le Chef Brissé est gravement blessé et évacué. A Provenchères, un autre char, « le Soule », reste en panne d’embrayage. L’Escadron a pour mission de se rendre au carrefour entre D18 et N429 pour surprendre les Allemands qui voudraient s’échapper de Vittel ou d’y rentrer. Sur la D18, un Peloton d’éclaireurs signale la présence des deux chars Panther au carrefour, fermant ainsi la route de Dompaire.

Le lieutenant Baillou, commandant le 4ième Escadron fait déployer, à droite et à gauche de la D18, 6 chars des  Peloton[5] du Sous–lieutenant Vaultrin et de l’Aspirant Dufour. Les coups partent. Un des Panther tente de se replier sur Hareville. A  50 m du carrefour, il est touché à mort par « le Périgord » du chef Queffelec. Le 2ième Char file vers le bois. Pendant ce temps, le char « Aunis » a reçu un 75 de rupture. Le chasseur Marcel Boileau, conducteur du char, rend compte au Chef Garcia que tous les hommes de la tourelle sont morts : le Maréchal des Logis Katz de Warrens, les Brigadiers Beaugez et Rotz.

Vers 16 heures, Le carrefour est libre pour Massu qui arrive de Vittel. Le 4ième Escadron, suivi de l’ensemble des éléments du Sous-groupement, prennent la route jusqu’à Damas, vide de troupes allemandes combattantes. Le GTL doit se préoccuper du problème de carburant. Le Capitaine de Courson ( 12ième R.C.A.) qui commande le 4ième bureau du G.T. L. part en mission auprès des Train du Groupement en direction de Vittel. Sa jeep saute sur une mine. Gisant à terre commotionné, il est achevé d’une rafale de mitraillette par l’ennemi. 

 

Face à une demi brigade de Panther à l’entrée de Dompaire

Massu s’engage à toute vitesse sur Dompaire, par Valleroy–le–sec, Valfroicourt et Bainville–aux–Saules. En tête se trouvent :

-         la Section de reconnaissance du II/R.M.T.[6]  du Lieutenant Sorret ,

-         le 1ier et le 3ieme Peloton du Lieutenant Douboster et de l’Adjudant-chef Titeux , du 2ième Escadron de Chars ( 12 R.C.A. ), commandé par le Capitaine Coupé.

-         les Tanks Destroyers Sirocco et Simoun du Peloton de l’Enseigne de Vaisseau Durville ( R.B.F.M. ) .

-         de l’infanterie avec la Compagnie d’accompagnement du Capitaine Eggenspiller,  la 5ieme Cie  du Capitaine Rogier et la 7ieme Cie du  Capitaine Ivanoff.

À 17 heures 30, le Sous–groupement ignore encore qu’une demie Brigade de Panther, en provenance d’Epinal, pénètre à Dompaire dans un « fracas des moteurs et chenilles ». Dompaire est une ville importante pour l’État major allemand, en tant que protection avancée d’Epinal.

Arrivant au carrefour des routes de Vittel et Mirecourt, les Panther sont orientés sur les deux directions de Laviéville et Bègnecourt. Vers 18H 40, les éléments de reconnaissance ennemie se trouvent face à face avec les premiers éléments de la colonne d’attaque de Massu. Une moto et une voiture manque de se télescoper, tant la surprise est grande. Le GTL a progressé si vite que l’ennemi pense que la colonne se trouve encore à 30 km.

Un nombre impressionnant de chars allemands se mettent rapidement en position de chaque côté de la D 28, alors que les anti chars le sont déjà. A la cote 327, les chars de tête du 3ième Peloton Titeux ( 2ième Escadron/ 12 R.C.A. ), le "Camargue", le "Corse" et l’"Esterel" et le "Provence" sont pris à partie par les Panther et les canons installés et, certains, embusqués à gauche de la route. Le "Provence" atteint, se retrouve déchenillé. Les autres chars se déploient pour chercher des emplacements moins exposés. L’un des chars de Titeux réussit à détruire le canon.

Les allemands bloquent l’entrée de Dompaire. Un grand nombre de chars allemands se profilent au loin, presque à se toucher. Ils évoluent par groupe de 3. L’Enseigne de Vaisseau Durville place ses deux Tank Destroyers derrière une crête. 3 Panther, partant de la D 28 se dirigent vers les hauteurs boisées des lieux–dits « les Quarres » et la « Palotte ». Ils sont pris à partie par les Sherman des Pelotons Titeux et Douboster. Un autre char ennemi, camouflé, est pris dans le viseur du tireur du Tank Destroyer "Simoun": une épaisse fumée noire et jaune immobilise le Panther. Son équipage abandonne sous les tirs des mitrailleuses.

Ce premier char ennemi détruit est le IN2, le char de l’Officier qui commande la brigade, spécialement équipé en appareils de radio pour avoir des liaisons avec son unité et les échelons supérieurs. La situation d’attaque est impressionnante. Jacques Salbaing écrit :

« Des cliquetis de chenilles se font entendre et des masses sombres pareil à des buissons apparaissent, se déplaçant lentement. Puis soudain, des tubes de canons se dévoilent, bien que presqu’invisibles dans la demie obscurité, alors que le Sous–groupement est une cible bien éclairée par la lueur des incendies ».

Chars et obusiers déclenchent leurs tirs mais dans l’affolement général manquent d’efficacité. Le « Corse » tire deux obus qui ricochent sur le blindage d’un Panther qui s’empresse de disparaître. La brigade semble s’avancer vers Laviéville. Cependant, d’autres Panther commencent à gravir les pentes au sud – ouest de Dompaire pour s’installer de part et d’autre de la D 28.

Il est difficile de savoir si ces blindés se mettent en affût ou cherchent à se placer sur la partie la plus haute et la plus favorable. La manœuvre est ralentie, lors du passage des chars dans un bocager. La progression des éléments du Sous–groupement Massu est plus rapide, ce qui lui permet d’atteindre les crêtes avant eux et de contrôler ainsi les sorties Sud et Est de Dompaire.

Il est alors 21 h – 21h 30. Il fait nuit. Jacques Salbaing se rappelle du « vacarme assourdissant d’explosions, de tirs de toutes armes et de tous côtés ». Les coups sont imprécis. Un Half Track est incendié, tuant Laurent Luciani, Emile Farrugia, et Paul Stefani. Les premiers affrontements de blindés montrent que les Panther sont indestructibles à plusieurs centaines de mètres, en tir direct.

Devant l’ouragan de feu, et pour éviter des pertes lourdes à l’infanterie, Massu les fait replier avec les véhicules légers vers les collines boisées où le 2ièmeéchelon de combat les attend. Il ne conserve avec lui que les chars du 2ième Escadron, les TD, le "Mistral" et les obusiers du Lieutenant Podeur. Le « Simoun » et le « Mistral » aperçoivent 6 silhouettes mais les tirs n’atteignent pas les cibles.  

Massu fait déclencher un tir de fumigène par les « lances patates » du Lieutenant Podeur, afin de protéger le 3ième Peloton de Chars ( Titeux ) qui se trouve à découvert. Les patates contiennent du phosphore. L’Adjudant–chef Titeux est brûlé dans le dos et la nuque. Malgré ses blessures « Gustave » tient le coup et reste à la tête de son Peloton. Le Peloton Douboster, reçoit également des coups. Le réservoir de son char, le « Morvan » est atteint. Le Lieutenant est blessé une première fois puis une seconde fois. Il est évacué. Tout le reste de l’équipage réussit à évacuer le « Morvan »  qui brûle, et à rejoindre la base de repli.

Douboster est remplacé par l’Aspirant Lunardini. De son côté, le « Corse » du Peloton Titeux, aperçoit 3 Panther qui quittent Dompaire par la sortie sud. Avant d’avoir le temps de réagir, il est atteint par deux obus. Le chef de char et le tireur sont blessés, tandis que le chargeur arrive à éteindre l’incendie du moteur. Le moteur du « Corse » sera remplacé par un moteur neuf, durant la nuit, grâce aux mécanos du 12ièmeR.C.A.. « L’Esterel » réussit à enflammer, en 3 coups de canons, un Panther. Le « Languedoc » est touché, l’équipage maîtrise l’incendie.

 

Nuit d’attente angoissante

La nuit du 12 au 13 est une nuit d’attente, d’incertitude et d’angoisse pour tout le monde. L’artillerie du G.T .L. pilonne systématiquement les sorties de Dompaire, de façon à dissuader l’ennemi d’entreprendre une offensive nocturne. Malgré l’obscurité, il est impossible de dormir.

Le sentiment d’insécurité est d’autant plus grand que dans le silence de la nuit, déchiré de temps en temps par les tirs d’artillerie, on entend le cliquetis des chars ennemis. Le commandement allemand met en place ses chars pour les lancer à l’attaque, au lever du jour, à partir de Lamerey et Madonne. Il s’agit de gravir les pentes et prendre à revers le groupement qui attaquait sur l’axe de la D 28.  

 

Plan d’attaque : pièger les Panther dans le couloir de la Gitte

Pour le 13 septembre, le plan est simple, du moins sur le papier :  prendre l’ennemi dans une nasse et enfermer les blindés dans le couloir de la Gitte. Pour cela, Massu devra bloquer toute échappée en direction de Mirecourt. Minjonnet devra empêcher toute échappée en direction d’Epinal.

Le capitaine Langlois de la 6ième CIE doit réoccuper Damas évacué la veille, établir avec Baillou un bouchon sur la N166 Dompaire Epinal, interdire tout blindé de s’échapper de Dompaire ou d’arriver d’Epinal. Le piège sera fermé. Pendant ce temps, l’aviation se chargera de la mise à mort des chars ennemis, pris au piège.

 

Attaque de l’infanterie en direction de Laviéville.

Le 13 septembre, Massu installe son PC sur « les Hauts de Bexey » et lance une attaque en direction de Laviéville. Il confie cette mission au Capitaine Rogier commandant la 5ième CIE / II R.M.T.,  avec le renfort d’une partie de la Compagnie du Capitaine Eggenspiller et les 5 Shermann du Peloton Rives- Henry (12ième R.C.A.).

Le débordement démarre vers les 6 heures 30, précédé d’un tir puissant d’artillerie. En tête, la Section du Lieutenant Berne. Parallèlement, il demande au capitaine Ivanoff ( 7ième Cie ) de fixer l’ennemi le long de la D 28. C’est la 1ier Section Guignon qui y est engagée.

La Section du Lieutenant Berne entre dans Laviéville, accueillie par une population enthousiaste. Certains habitants prennent le temps de préparer des plats chauds avant de suivre les conseils des marsouins de se mettre à l’abri. De son côté, le Lieutenant Guignon a été pris à partie par les armes automatiques, bien camouflées et enterrés, s’acharnant sur tout ce qui bouge. Au cours des engagements le lieutenant Guignon, les Sergents–chefs Gollat et Rochereuil ainsi que 4 soldats de la Section sont tués, 10 autres sont blessés.

 

L’appui de la 19ième Tactical Air Force

Vers 8 heures, le colonel américain Tower, buste hors de sa tourelle, écouteurs dans les oreilles et le micro aux lèvres essaie désespérément d’accrocher la formation aérienne qui lui a été promise. Massu lui tend la carte, mise au point à chaque instant grâce aux renseignements que lui communique par radio le capitaine Rogier. 

Enfin 4 chasseurs chargés d’escorter des bombardiers viennent accomplir cette mission d’attaque au sol. Après un premier passage pour repérer les cibles, les aviateurs attaquent à la queue – leu – leu les chars ennemis à la rocket, à la bombe et à la mitrailleuse, « dans des plongeons et piqués impressionnant, suivis de rétablissements étourdissants et vertigineux, malgré la brume ».

Les aviateurs incendient 8 chars. Vers 11 heures, survient la deuxième vague aérienne, composée de 6 Thunderbolts du 406ième groupe de la 19ièmeTactical Air Force. Le soleil brille et les cibles sont visibles. Les témoins civils dans les villages expliqueront comment cette deuxième intervention a ébranlé le moral des soldats allemands.

 

La prise  de Damas

Au lever du jour, le bivouac[7] de Minjonnet est bombardé par des obus tirés de Dompaire. Il y a 2 tués et 2 blesses au 4ième Escadron de Baillou. Le Sous–groupement Minjonnet se trouve assez dépourvu de canons et de chars. Le 4ième Escadron est réduit à 7 chars[8], au lieu de 17. La 2ième batterie du 40ième  R.A.N.A est réduite à 5 tubes au lieu de 6.  A 8 h, la 6ième  Cie de Langlois  avec la 2ième section en tête du Sous–lieutenant Larsen attaque Damas. Ils bénéficient de l’appui du Peloton de Chars Vaultrin ( 4ième Escadron/12 R.C.A.).

L’engagement se termine à 10 heures et le village est nettoyé. Continuant sa progression vers le carrefour D39 / N166, la 2ième Section se heurte à une forte résistance. Le Sous–lieutenant Larsen est tué d’une balle en pleine tête. Dans le même temps, l’Enseigne de Vaisseau Allongue (RBFM) a entamé sa montée vers la crête, avec ses 4 Tank Destroyers. La jeep de reconnaissance qui le précède, repère un Panther, avançant à l’attaque, à 1000 m[9].

Le « Tempête » et « l’Orage » se positionnent. Le « Tempête » déclenche trois tirs sur un Panther qui font mouche. Une vague de chars et infanterie allemande surgit alors des vergers, commencent à gravir la pente en faisant feu de toutes armes. « L’Orage » prend le relai et l’artillerie se porte à l’aide des TD. Des salves de 5 pièces de 105 mm se succèdent à cadence maximum  sur les assaillants. 250 obus sont tirés.

Le commandement allemand ordonne le recul. Pendant que les marins gravissent la pente, les équipages des chars du 4ième Escadron ( 12 R.C.A. ) accueillent avec soulagement les GMC qui viennent enfin leur apporter les jerricans de carburant.

Vers 9 heures, une salve d’obus s’abat alors sur le Peloton Dufour, le jetant à terre, sans mal. Un des obus atteint le "Sancerrois", tuant le chef Fernand et le chasseur Garnichat, blessant les chasseurs Kuntz et Altenberger. Ces tirs semblent provenir des auto- moteurs installés dans Dompaire. Ils seront détruits dans la journée par l’aviation.

L’aspirant Dufour, sur son char "Armagnac II",  se dirige vers Damas et se place à l’abri d’une ferme le long de la route de Dompaire, pour disposer d’un assez vaste champ de tir. Dès que les vrombissements venant du ciel cessent, les blindés ennemis sortent de leur cachette pour tenter de sortir des mailles du filet. La fuite plein sud, vers la cote 380, leur semblent envisageable.

Alors qu’une partie de l’équipage de « l’Armagnac II » se réconforte avec une omelette préparé par le propriétaire de la ferme voisine, un Panther se présente à 1500 m. « L’Armagnac II » tire au moins 70 obus de rupture mais lorsqu’ils arrivent au but, ils ricochent pour les 3 / 4 d’entre eux sur un blindage très efficace.  Cependant, en moins de 15 minutes, l’équipage[10] détruit  2 Panther, pourtant nettement plus puissamment armés et protégés. Vers 11h, 10 chars sont signalés entre Dompaire et Damas. Ils seront attaqués et détruits  par l’Air Support. Trois, parmi les restants, sont détruits par le Peloton Cheysson[11].

 

Nouvelle intervention de l’US AIR FORCE

Vers 15 heures 30, c’est la troisième intervention aérienne. En piqués, les 6 Thunderbolts attaquent les blindés qui se sont concentrés du côté de Lamerey et Madone. Un des avions effectuant un passage bas ne pourra pas se redresser et vient s’écraser dans un bosquet sur la colline au lieu dit le Moyen–Pré. Le pilote Américain s’en tire indemne et sera récupéré par un groupe de la section Berne.

En regroupant la plus grande partie des chars restant vers Madonne et Lamerey, les Allemands ont, peut–être, imaginés que les alliés hésiteraient à attaquer de peur d’atteindre la population civile. Il n’en est rien. 7 maisons furent incendiées au cours de l’attaque de l’aviation, aucun civil n’est tué.  

 

Le verrouillage du couloir de la Gitte

Vers 16 heures, alors que les avions sont à peine partis, 2 Panther sortent de Lamerey. Les Sherman du Peloton Rives-Henrys ( 12ième R.C.A. ) font immédiatement feu. Le premier, atteint à la tourelle, s’embrase. Tandis que le second est abandonné par son équipage. Un 3ième  Panther se trouvant dans le viseur du "Mistral", est tiré en trois coups, à une distance de 1600 m. Le char disparaît dans une épaisse fumée noire. 3 autres Panther, accompagnés de fantassins, s’avancent à vive allure. Le "Mistral" envoit un premier obus qui immobilise le Panther de tête. Les 2 autres disparaissent avec les fantassins. 

Un deuxième Peloton de 3 chars s’avance, avec des grenadiers. Le "Mistral" tire et touche le Panther du milieu qui recule dans le ravin. Vers 18 h 30, alors que 3 nouveaux Panther s’avancent à Lamerey, Durville fait avancer le "Sirocco" qui tire aussitôt. Les coups touchent mortellement les 2 premiers chars touchés. Les obus tapent le troisième mais ne parviennent pas à le perforer. Un autre Panther envoie deux obus qui  sifflent dans les oreilles et viennent s’écraser dans le mur du cimetière.

Ce sont les derniers soubresauts de la Panzer Brigade, totalement emprisonné dans la nasse. L’engagement a duré 15 minutes. Le "Sirocco" vient d’inscrire le neuvième Panther à son bilan. Le "Mistral" a, de son côté, éliminé 6 chars. Des témoignages font état d’Officiers allemands qui se suicident, plutôt que de survivre à une telle défaite. Tout est désormais verrouillé dans le secteur de Dompaire et Damas.

 

Menace d’une seconde demi-brigade de Panzer sur le PC de Langlade

Vers 13h 30, au PC de Ville–sur–Illon, alors que tout le monde se restaure, le Colonel de Langlade est informé par la préposée des PTT, Mme Jeanne Villeminot, qu’elle vient de recevoir un appel de Mme Jules Larose, lui disant que la localité de Pierrefitte grouille de chars et de fantassins. Une très importante colonne, celle de la deuxième ½ Brigade de la 112ième  Panzer Brigade, se présente devant le passage à niveau sur la D6 dans un grand bruit de chenille. Il y a 45 Mark IV et un Bataillon de Panzer Grenadiers. Elle progresse vers Ville-sur-Illon.

Pour franchir le passage à niveau, chars et véhicules doivent passer l’un après l’autre, ce qui, pour une centaine de véhicule, va demander beaucoup de temps. En attendant, des fantassins envahissent le café de la gare que tiennent Monsieur et Madame Fayon. Ils font main basse sur le kirsch distillé la veille. Beaucoup des fantassins s’écroulent sur le bas côté de la route pour cuver la boisson. Jacques Salbaing explique que cet incident l’infanterie va sans doute entamer « l’agressivité de soldats devenant  incapables  de gagner l’affrontement qui l’oppose à une force infiniment plus faible, mais bien plus déterminée ».

La menace se rapproche. Une première salve explose près du couvent de Ville-sur-Illon, où se trouve le PC. Langlade fait installer un bouchon au champ de mars avec le char léger "Marc de Verdelon", un canon anti char et la compagnie FFI « Vaugirard ». De cet endroit, on dispose d’une bonne vue sur la D6.

Alors qu’ils sont au sud de Dompaire, 1/2 Peloton de TD ( Alongue ) et ½ Peloton de Sherman du  3ieme Escadrons du 12 R.C.A. sont appelés en renfort. En attendant cette mise en place, le bouchon du champ de mars voit arriver à l’avant garde des chars allemands une auto mitrailleuse et l’incendie. Les chars prennent à partie le bouchon. Le sergent chef d’Almassy, chef de pièce du canon, repéré après avoir tiré de nombreux obus, est tué ainsi que le Sapeur Saafi Saada. Leur pièce est détruite. L’Aspirant Françis Espiard et le soldat Jean-Pierre Richard de la Cie de Vaugirard sont tués à leur tour à leurs canons. Le Capitaine De Bort, commandant le 3ième Escadron de Char (12 R.C.A.), a désigné l’Aspirant Nouveau qui  prend position, avec ses 2 chars, le "Champagne" et le "Dunois" sur la crête au nord ouest du hameau de l’Etang, à la sortie sud–ouest de Ville-sur-Illon.

L’Aspirant Nouveau s’installe avec ses deux chars à proximité des maisons de l’Etang, à 50 m l’un de l’autre. Il est suivi par la 1iere section Sous-lieutenant Chollet de la 1ière Cie  (13ièmeGénie). Deux perforants atteignent le "Champagne", l’un perçant le réservoir, l’autre le barbotin. Le Char est ravagé par un incendie. Il est actuellement, encore et toujours, en place. 

Vers 14heures 30, le Commandant Verdier, Chef d’État-major du G.T.L., aperçoit les chars allemands se diriger vers le bois de Fontenaille. Il mesure alors le risque grave qu’encourt le Sous-groupement Minjonnet, d’être pris à revers. Il décide d’engager les dernières unités combattantes du G.T. L. en réserve ou situées à des endroits moins critiques. C’est ainsi qu’il est fait appel à nouveau au Capitaine de Bort pour renforcer les défenses maigres de Ville-sur-Illon. Ce dernier, avec son char le "Picardie", son Half track « Cassiopée » et sa jeep l’"Amance", roule à « tombeau ouvert » en direction du village.

Il passe au PC pour prendre les ordres et rejoint le Hameau de l’Etang. Le chef du 2ième Peloton du 2ieme Escadron, le Lieutenant de Montal, en bouchon avec le "Flandre", est gravement blessé par un obus, alors qu’il sort de sa tourelle. De Bort retrouve Nouveau sur la crête. Ils décèlent, tous deux, les chars allemands qui se rapprochent dangereusement de leur position par le bois de Fontenaille. Sur son ordre, le "Dunois" allume et détruit 2 mark IV. Les bois étant à 200 à 300 m, la situation devient très précaire. A leur secours, arrive en jeep le Lieutenant de vaisseau Richards, suivi de la moitié du Peloton de TD Allongue. Ce renfort permet une ligne de défense étroite composée :

-         Le Sherman "Picardie",

-          Le Sherman "Dunois", 

-         Le "Champagne" qui continuera de brûler, jusqu’à la fin de la journée.

-         Le TD "Orage"

-           La jeep de commandement du 4ieme Escadron du RBFM

-          Le TD "Tempête",

-           Les deux jeeps "Vigilante" et "Diligente".

La disproportion des forces en présence est énorme. D’un côté, un mince rideau de chars et quelques Chasseurs, Marins et Sapeurs, de l’autre, 45 Mark IV et un Bataillon de Panzer Grenadier.

À peine cette ligne mise en place, des Mark IV débouchent des lisières du bois de Fontenaille. Ils sont immédiatement pris à partie par le TD « Orage » qui parvient à détruire 2 chars, et le « Tempête » qui en détruit 1. Les Mark IV se retirent à l’abri du bois. La détermination des défenseurs détruisant 3 chars, semble avoir impressionné le Commandement allemand qui pense être confronté à une puissante position de défense, qu’il vaut mieux combattre avec de l’infanterie.

Une formation de Panzergrenadier avance en ordre de bataille vers la crête. La situation devient très critique, les TD n’étant plus qu’à 50 m des assaillants. Les TD détruisent encore deux chars puis un troisième. Il est 16 heures et l’on se demande comment ils peuvent tenir. Le Colonel Tower dirige 15 chasseurs bombardiers. Ceux- ci ont épuisé leurs rockets sur Dompaire. Alors, il leur reste plus qu’à  s’acharner sur le maximum d’ennemis,  à la mitrailleuse lourde.

Cette dernière intervention aérienne ne réduit pas la menace des fantassins, installés dans les bois de la Vierge et de la Folie. Le Sous–lieutenant Cholley et sa Section de Sapeur du Génie vient au secours des marins. Deux escouades s’avancent en ordre de bataille jusqu'à la murette du bois de la vierge. Dans un acte désespéré, les Sapeurs engagent sans hésitations le combat avec les Panzers grenadiers. Ils se lancent à l’assaut de l’Infanterie allemande, sous la protection des mitrailleuses et obus du "Tempête". Ils parviennent à repousser les attaquants hors du bois, tuant 5 Allemands.

Cette action coûtera la mort de Mamboud Hamdam et 4 blessés. Estimant que le PC va bientôt succomber aux assauts, le Colonel Langlade fait évacuer Ville-sur-Illon pour le porter dans les bois à l’ouest de Dompaire. Le Capitaine de Bort prend en charge le décrochage vers 18 heures 15, sur la cote 344. A 20 heures, une trentaine de Mark IV entrent à Ville-sur-Illon, encadrés par des Fantassins qui tirent furieusement. Finalement, avertis par un habitant parlant allemand que « les Leclerc sont très nombreux », les allemands préfèrent faire demi-tour, abandonnant les engins détruits, leurs morts et leurs blessés.

La réussite de l’offensive aurait permis aux unités allemandes de prendre à revers le Sous-groupement Minjonnet, le PC du GTL mais aussi les troupes de Massu qui s’emparent de Dompaire.

 

Les allemands connaissent leur plus sévère défaite sur le front de l’Europe du Nord

Au cours de cette bataille, 3 à 400 allemands sont tués et prés de 1000 sont blessés. Le G.T.L. a 44 tués dont 6 Officiers : le Capitaine de Courson, le Sous-lieutenant Baillou de Masclary, le Lieutenant Gauffre, le Lieutenant Guignon, le Sous-lieutement Larsen et le Sous–lieutenant Espiard. Les Marsouins du R.M.T. ont la moitié des morts. Au plan matériel, le G.T. L. a perdu 5 chars moyens, 2 chars légers, 2 HT, 2 jeeps.

La 2ième D.B., avec le support de la 49ième  Tactictal US Air Force, a infligé à l’ennemi une perte de 59 chars dont 20 détruits par l’aviation, auxquels s’ajoutent 6 abandonnés. Il s’agit là d’une des plus sévères défaites enregistrées par les Allemands en une seule journée, sur le front de l’Europe du nord.


 



[1] Le récit que nous proposons est largement emprunté au témoignage que nous a livré Jacques Salbaing, participant de l’épopée, dans son ouvrage : « La victoire de Leclerc à Dompaire". Muller édition,1997.

[2] Fernand Jarreau, du 13ième Génie

[3] Jacques Sablaing  évoque un mur de silence Outre–rhin sur l’armement dont dispose la 112ieme Brigade 

[4] Bulgnéville, Suriauville, Dombrot–le sec, Viviers–le–Gras, Provenchères-les-Darney, St Baslemont, Thuilières.

[5] Chars "Périgord", "Aunis", "Angoumois", "Armagnac II", "Sancerrois", "Vendée"

[6] Régiment de Marche du Tchad

[7] Ville-sur-Illon

[8] Vaultrin : "Angoumois", "Périgord".  Dufour : "Vendée", "Armagnac II". Catala : "Béarn","Bigorre", "Médoc"

[9] Jacques Salbaing indique que les Allemands ont tenté de déboucher en force sur les pentes conduisant à la côte 380, soit pour prendre à revers le Sous–groupement Minjonnet, soit pour rejoindre le groupe sud de la PZ brigade devant occuper Ville-sur-iIlon

[10] Aspirant Dufour ( chef ), conducteur Brigadier Lion, aide conducteur Ruggieri, tireur Verbruggen, Radio Vélut

[11] Claude Cheysson deviendra dans les années 80, Ministre des Affaires Etrangères

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Novembre 1944 – Libération de  Strasbourg

 

Depuis, le mois d’octobre 44, Fred a rejoint le 12ième Régiment des Chasseurs d’Afrique. Il est  Chef du 3ième  Peloton du  1ier Escadron de Chars. Il va participer,  avec son unité,  aux combats de la Vezouze, de la Blette, de la Sarre rouge et blanche. Le 1ièr Escadron est commandé  par le Capitaine Humbert du Hays. Cette unité comprend  5 Officiers, 18 Sous-officiers et 93 Chasseurs, soit un effectif de 116 hommes. Les autres chefs de Pelotons de chars de combats de l‘Escadron du Hays sont :

-  Chef du 1ier Peloton : Aspirant de la Pontais[1]

-  Chef du 2ième  Peloton : Sous-lieutenant de Truchis, depuis le 1ier avril 1944

-  Chef du Peloton d’échelon : Adjudant Meunier

Au plan matériel, l’Escadron est équipé de 22 chars ( 6 chars M3A3, de 10 chars M5A1, de 6 chars médium), 3 half-tracks, 2 dodge, 2 jeep. Le Char de Fred  est le Val de Loire II. Au début de l'offensive sur Strasbourg, les Escadrons de Chars du 12ième Régiment des Chasseurs d’Afrique se répartissent entre le Sous-groupement Minjonnet (3ième  Escadron), les éléments réservés du G.T.L. (4ième et 1ier Escadron) et le Sous- groupement Massu (2ième Escadron).

 

Tenir à tout prix « l’Alsace et la Lorraine »

En novembre, commence le dernier hiver pénible de la guerre où les allemands vont résister dans les Vosges et en Alsace-Lorraine. La défaite allemande à Dompaire conduira Hitler à limoger le général Blaskowitz à la tête du groupe G. Il sera remplacé par le Général Balck à qui il donne l'ordre de "tenir à tout prix l'Alsace et la Lorraine". Les défenses allemandes sont constituées de deux systèmes échelonnés en profondeur:

-  La Vorvogesenstellung, dite ligne pré-vosgienne, orientée Nord-Sud et passe par Montigny - Blâmont - Richeval et Gondrexange. 

-  La seconde ligne d'obstacles anti-chars et de points d'appui fortifiés, la Vogesenstellung ou ligne de défense des Vosges, qui suit la N 61 au Nord de Phalsbourg, englobant Phalsbourg puis descendant par Lutzelbourg, le canal de la Marne au Rhin, Niderviller, Voyer, Lafrimbole. 

Ce fut une des campagnes les plus dures menée par l’Armée Française. Les pertes de la 1ièreArmée Française, de la 2ième  D.B. et de l’Armée allemandes seront lourdes[2].

 

Le plan insensé du Général Leclerc

L’offensive générale menée par le Général PATCH a pour mission de libérer la plaine d'Alsace de Strasbourg à Wissembourg et rejeter l'ennemi de l'autre côté du Rhin. Le Général Haislip[3] doit forcer les lignes défensives des Vosges et exploiter, par la trouée de Sarrebourg sur Saverne et sur l'Alsace:

-   La 79 DIUS est à l'Est de la nationale 4,

-  la 44ieme DIUS est à l'ouest,

La  2ièmeD.B. est, au début, en réserve prête à bondir en exploitation. Leclerc a obtenu la mission d'exploiter la percée des Divisions d'Infanterie américaines sur l'axe de la nationale 4 de Sarrebourg à Saverne (G.T. D. - Groupement Tactique DIO) et entre la nationale 4 - exclue - et les contreforts des Vosges (G.T.L. - Groupement Tactique Langlade). Dès lors, l'objectif du Général est  de pousser par la trouée de Saverne, avec en ligne de mire Strasbourg et la tête de pont de Kehl, sur le Rhin.

Il a travaillé jour et nuit le plan d'exploitation. Il veut mettre en application un plan insensé, mis au point en interrogeant les Alsaciens et les Vosgiens de la Division et en exploitant les renseignements obtenus des prisonniers Allemands et de la Résistance sur l'organisation des défenses allemandes de Saverne.

Dans les plans de la 2ieme D.B., il y a deux échelons d’attaque. Le G.T. D. (Dio) est en charge de deux axes "Nord"[4]. Le G.T.L. (Langlade) a en charge deux axes "Sud", passant par Saverne.

Un partage des axes sud est fait entre les deux Sous-groupements Massu et Minjonnet. Le Sous-groupement Minjonnet prend en charge l'axe C : Tanconville, Bertrambois, Niederhoff, Rondpré, Hautegueisse, Basse Barville, Voyer, Hartzviller, route nord de Bieberkirch, Vallerysthal, Guntzviller, Arzviller[5].

Puis, il y a deux options pour atteindre Saverne :  Par St Jean Kourzerode, Mittelbronn, Maison rouge, Phalsbourg, Danne et 4 vents, Saverne ou par Sparsbrode, la Hofmuehl, Lutzelbourg, Stambach. Le Sous-groupement Massu sera sur l'axe D : Cirey-sur-Vezouze, Lafrimbolle, St Quirin, le Moulin de France, St Léon, Walscheid, Sitifort, Maison forestière de Rehthal. 

À cet endroit, il y a également deux options : la première vers Moulin Neuf, Sparsbrod, Hofmuehl, Lutzelbourg, Stambach, Saverne, la seconde vers Neustattmuhle et la Chapelle de Saint–Odile, Schaefferhof, Galgenthal, Dabo.  

Le 12 novembre, à  la veille de l'offensive, Fred écrit une lettre à sa famille : " ici on dépense rien, à part le champagne. Mais c'est fini à présent...Il est vrai que peut-être on va être dans une grande ville". Pour lire ses courriers, sa famille doit  lire entre les lignes. Il ne fallait pas que l’ennemi identifie les positions, en cas d’interception du courrier. Il ne fallait pas non plus inquiéter la famille en de telles circonstances. Le courrier suggère cependant que l'objectif de libérer Strasbourg était clairement distillé dans les unités  de la 2ième  D.B. 

Le 13 novembre au matin de l’offensive des alliés, Leclerc précise les conditions du succès au Colonel de Langlade, commandant le G.T. L.. Les instructions du Général sont de faire dépasser les 2 Divisions d’Infanterie américaines, dès que celles-ci auront rompues le front. Un premier échelon de groupements sera lancé en direction de la trouée de Saverne. Puis il s'agira de le faire suivre par les autres éléments de la Division, en laissant le maximum de moyens sur l’axe le plus favorable.

La mission spécifique du G.T. L. est d’atteindre au plus tôt les sorties Est de la trouée de Saverne en suivant les itinéraires secondaires. Il s'agira de trouver le moment précis où la Division devra être lâchée "comme on découple la meute entière sur l'animal de chasse surpris". Trop tôt est dangereux, trop tard est encore pire. La vitesse à laquelle la Division pourra gagner au plus vite les arrières de l'ennemi dans la plaine d'Alsace sera le facteur essentiel à la réussite de l'opération. Le succès repose sur l'audace et la rapidité d'exécution…

Il est rapporté au Général Leclerc le propos suivant : "Il faut rendre au Boche le coup de Sedan et lui faire goûter à la Blitzkrieg…"  Le choix de l'itinéraire sera décisif. Le Général a fait disposer un énorme plan en relief au 1/10.000e des Vosges, en carton pâte. Il parle au Colonel de Langlade :

"C'est vous que je charge de crever les derniers écrans de résistance quand je lâcherai la Division. Il vous faut dégringoler l'Alsace au galop et la surprise  des Boches sera telle qu'ils ne s'en remettront jamais. Pour cela, il ne faut pas passer par Sarrebourg et Saverne, ce sera le rôle de DIO de le tenter... Toutes ces routes importantes seront bourrées d'obstacles...on s'en sortira pas ... C'est pourquoi vous vous arrangerez pour passer par là".

Du bout d'une longue perche, il montra le lacis de petites routes secondaires qui, débouchant de Cirey, parvenaient après des contorsions multiples de la Sarre Blanche et la Sarre Rouge jusqu'au carrefour de Réthal à 10 km au sud-ouest de Sarrebourg, en plein contrefort des Vosges. Ces chemins vicinaux passaient par Bertrambois - Niederhoff - Lafrimbole - Saint Quirin puis Voyer - Trois fontaines. 

Il poursuit : "Arrivé à Réthal nous aviserons mais vous devez tout faire pour utiliser la route de DABO. L'ennemi vous attend par les routes de Saverne, il ne vous attend pas par le DABO car nul ne pourra jamais supposer qu'une Division Blindée s'engage dans cet itinéraire de montagne...M'avez vous compris ? ».

Langlade s'en trouve consterné. Il écrira : « Comment imaginer une Division Blindée s'engageant par la route du DABO, dans des virages effarants, des pentes redoutables, véritable coupe-gorge que quelques poignées d'hommes armés de bazookas pouvaient défendre avec succès ?"

 

Offensive générale des alliés

Le Jour J de l’offensive alliée est le 13 novembre, l’heure H est à 7 heures. Il a neige la nuit. Il fait - 6 et une épaisse couche de neige couvre le sol. Après une intense préparation d’artillerie, l'attaque alliée se met en marche à l'aube rencontrant une forte résistance ennemie. Le Génie a déminé la passerelle au sud d’Herberviller et engage la réfection des ponts sur la Blette. Le 13, à midi, la position de l'ennemi est la suivante :

-  la 709 ieme DI est au sud de Cirey-sur-Vezouze

-  La 553ième DI se trouve entre Cirey et les étangs de Dieuze bouche la trouée de Saverne

-  La 316ieme et des éléments de la IIieme Panzer au nord

Le 14 novembre, la neige tombe toute la journée tantôt à gros flocons, tantôt en neige fondue. Le thermomètre est remonté à 0 degré. Le sol est transformé en marécage. A 8h 30, Ancerviller est attaqué depuis 30 heures par la  79ieme DIUS ( ) Les allemands résistent toujours. Les véhicules et les camions s'enlisent, dérapent dans les fossés. Une mortelle humidité pénètre au travers des vêtements. "La troupe est figée " écrira plus tard le Général de Langlade. La 79ième  est soumise à un violent bombardement d’Artillerie. Le half-track radio du G.T. L. est touché par un obus. Le Chasseur Lion est tué. Le Chasseur Delup est blessé. Le Capitaine Marron demande un char léger, en remplacement du half-track. Leclerc s'impatiente:

" les Américains avancent à un train d'escargot...à cette allure, il y en aura pour quatre jours avant que la Vezouze ne soit atteinte".

À 20 heures, la neige tombe toujours. La 314ieme DI (79ieme) prend enfin Ancerviller et Sainte Pôle. Elle attaque les anti-chars qui coupent la route à 1km à l’Est d’Ancerviller. La 44ieme DIUS n'a fait aucun progrès et est stoppée au nord de la nationale 4.

Le 15 novembre, il fait - 10. La 79ième DI US attaque la ligne principale de résistance allemande entre le Hameau d’Ancerviller et Halloville. Le fossé anti-char a été franchi à l’aube. Elle est ralentie par la violence de l'artillerie adverse.

La 44ieme DIUS avance en direction de Richecourt, au nord de la nationale 4. Langlade décide de découpler le 1ier Régiment des Spahis Marocains de Morel-Deville. Les Spahis partent aussitôt, pénètrent dans Nonhigny et Montreux, poussent les reconnaissances de part et d'autre de la route de Cirey, tout en couvrant la 79ieme DIUS sur son flanc droit et, en facilitant l'avance de celle-ci.

Pendant ce temps, le Sous-groupement Minjonnet est à Ogeviller-Herbeviller et Frémenil. Le canon tonne toute la nuit. Le 16 novembre,vers 14 heures, Leclerc décide d'élargir le front d'attaque de la 79ieme DI., tout en la couvrant. Il détache un Sous-groupement du G.T. W. du Colonel de Guillebon, en réserve. Ce Sous-groupement est placé sous les ordres du Lieutenant-colonel de la Horie à qui il demande de reconnaître Badonviller.

Pour bien le reconnaître, de la Horie s'en empare après une charge de blindés de 5 km[6]. Par ce fait, La Horie a dégagé de façon définitive le flanc droit américain toujours menacé et, surtout, crevé la ligne de résistance comportant deux fossés anti-chars et de nombreux ouvrages. Le dispositif allemand est pour la première fois fissuré. Le Colonel de Langlade reçoit l'ordre de regrouper tout le G.T. L. dans la région d'Ogeviller, Réclonville, Herbeviller et Frémenil  où cantonnera le 1ier Escadron du Hays. 

Le 17 novembre, le temps est un très mauvais temps. Aucun appui de l'aviation n’est possible. Un Bataillon du 314ieme RI (79ieme) attaque Barbas pendant qu’un autre s’efforce de franchir la Vezouze devant Frémonville, sur de mauvais radeau et à la nage. Le thermomètre marque - 3. La 44ieme division est aux abords de Réchicourt-le-château. Le Sous-groupement La Horie continue à pousser sur Cirey. Le Colonel de La Horie est tué net à 9 heures du matin par un éclat d'obus.

Le 18 novembre, à 5 heures du matin le Général Leclerc donne l'ordre d'engager tout le G.T. Guillebon,  avec pour mission de se glisser le long des Vosges et de s'emparer des ponts de Cirey sur Vezouze. Après un combat acharné, il n'arrive pas à forcer la défense de Val et Chatillon. Mais le Détachement Morel-Deville sort du bois comme un éclair, tombe sur Cirey et s'empare des ponts sur la Vezouze qui sont intacts. Pendant ce temps, la 79ième agrandit sa tête de pont de Frémonville.

En fin de journée, elle s'empare de Blâmont. Ainsi, la 708ième Division d'Infanterie allemande se trouve  coupée en deux devant les 79ième et 44ième Divisions américaine. Le décrochage des allemands est obligatoire. La ligne pré-vosgienne est complètement crevée sur le front français. La seule route, de Badonviller qui rejoint la route de Donon, susceptible d'amener des réserves allemandes,  est interdite. L'aviation a été très active, 1 Messerschmitt est abattu.

 

La 2ième D.B. reçoit l’ordre d’exploiter le succès de la 79ième DIUS

Le 19 novembre, le Groupement DIO progresse au nord de la nationale 4, direction Sarrebourg, Phalsbourg, Saverne. Le Colonel Langlade apporte personnellement au PC du Sous-groupement Minjonnet  à Domèvre-sur-Avière l’ordre de partir sur l’Axe C en vue d’exploiter le succès  de la 79ieme DI. 

Les seuls ordres donnés de Leclerc au Colonel Langlade à son PC à Cirey, c’est de  dépasser le Sous-Groupement Guillebon et de « pousser comme une brute… » sur l'axe de la route passant par Niederhoff, Voyer, Rhétal.

L'axe du Commandant Massu est la nationale 393, Saint Quirin, la D117, D113, le village des Trois fontaines, Réthal, Dabo. Le premier de ces deux Sous-groupements arrivé à trois fontaines où se rejoignent obligatoirement les deux itinéraires doit passer en tête et courir sur l'Alsace par Dabo.

À 9 heures 30,  la colonne du Sous-groupement Minjonnet s'engage sur L’axe C, sur la route Domèvre – Montigny – Neuwiller lès Badonviller – Bréménil – Parux – Cirey Sur Vezouze. Ce sont des chemins à peine carrossables. Le village de Bertrambois est pris au milieu de la journée par l ‘élément de tête, le  3ième  Escadron de chars du 12ième R.C.A. (de Bort). Il est fait 30 prisonniers. Niderhoff est très solidement tenu et sa garnison dispose d’armes anti-char.

L’artillerie allemande exécute des tirs de harcèlement sur les débouchés de la forêt. A 17 heures, Minjonnet estime que l’heure tardive empêche de tenter ce soir la prise de Niederhoff, et la remet au lendemain.

Sur l’autre axe du G.T. L. (D), le Sous-groupement Massu est arrêté au carrefour 472 -012. Il se trouve devant la Sarre blanche, entre Lafrimbole et Saint Quirin au hameau de Saint Michel, "stoppé par un formidable barrage de dents de dragons qui barre la route et s'étend d'une pente inaccessible à droite à un marécage qui relie ensuite une forêt garnie de snipers". Toute la vallée de la Sarre Blanche est tenue et défendue par des armes automatiques.

Pendant ce temps, la 44ieme DIUS passe le village de St Georges et borde à la nuit le canal de la Marne au Rhin entre Gondrexange et Les Mines.

 

Attaque générale du G.T. L.

Le 20 novembre, c’est le jour l’attaque générale du G.T. L. sur les deux axes C et D, après de vigoureuses préparations de 3000 coups d’artillerie. Le Sous–groupement Minjonnet attaque Niederhoff.

À 8 heures 50, les premiers éléments sont dans le village et commencent le nettoyage. Une solide barricade, défendue par des canons de 20, arrête la progression pendant trois quart d’heures. A 9h 30, la 7ième  Compagnie d’Infanterie tient le pont qui est intact. Elle s’occupe de démolir la barricade pour livrer passage aux chars. A 10 heures  15,  Niederhoff est enlevé. Au bilan, 1 canon de 88, 2 canons de 20 DCA, 1 mortier, 2 camions, 1 char touché à la tourelle, de nombreuses d’armes anti-chars détruites et 60 prisonniers.

À 10 heures 25, la progression reprend sur l’axe. A 11heures 50, le Sous-groupement franchit la Sarre Rouge et pousse sur VOYER. Il sera arrêté par une très forte résistance. Des obus arrivent à cadence très rapide au voisinage de la ferme à 2 km du village. Le Révérend Père de GEVIGNEY et plusieurs hommes sont blessés par éclats d’obus.

À 12 heures 30, la tête de colonne est à environ 500 m de Voyer. Elle est prise à partie par de violents tirs précis d’artillerie d’automoteurs ennemis, situés à la sortie de Voyer sur la route d’Hartzviller. Le Sous-groupement Minjonnet ne peut plus progresser devant Voyer.

À 12heures 35, le G.T.L. donne l’ordre d’un nouvel axe de marche : NITTING – HESSE – NIEDERVILLER – Arzviller,  si la colonne est trop engagée. Langlade expliquera:

« le débouché extrêmement difficile du fait que VOYER point fortifié de la VOGESEN STELLUNG est un village appuyé par un bastion de collines auquel la route n’accède qu’après avoir suivi une vallée très étroite en traversant un bois absolument imperméable. Il faut donc sortir du bois et se déployer sous le feu de l’ennemi aussi violent que précis. La situation demeure critique pendant de longues heures ».

 Enfin le Sous-groupement s’empare du village rempli de morts et de blessés. Le Général de Langlade écrit : « Minjonnet est un accrocheur qui sait encaisser admirablement. Son Sous –groupement a en lui une confiance totale. Il se bat toute la journée avec un mordant qui va en s’accentuant ».

À 17 heures 30, Voyer est pris avec 48 prisonniers, de nombreux tués, 8 canons de 88, des anti-chars, 4 canons de 135, 2 de 105. 3 chars Mark IV sont détruits. Le G.T. L. a eu, au cours de cette journée, 21 tués et 70 blessés. Les cadavres ennemis n’ont pas été dénombrés. Il y a 600 prisonniers. 8 chars et 30 canons sont détruits ou pris.

En raison de l’obscurité, Minjonnet décide de passer la nuit sur place. Ce combat, un des plus dur de la bataille de Strasbourg, a permis au Sous-groupement Massu d'exploiter sans être inquiété sur son flanc gauche et de s'échapper grand train sur Dabo. Pendant ce temps, sur l'axe D, Massu qui ne pouvait pas crever le barrage solidement fortifié, décide de laisser les blindés inactifs. Il lance tout son Bataillon à pied dans la forêt, pour contourner l'obstacle par les crêtes, passer la Sarre blanche et prendre la position qui l'arrête à revers. Malgré la résistance et nombre imposant d’Allemands, la manœuvre réussit à merveille.

Les allemands rescapés se sauvent dans toutes les directions. La route de Massu est jonchée de cadavres d'hommes et de chevaux, de canons renversés, de véhicules détruits. Le Sous-groupement fonce à l'allure d'un cheval au galop. Il arrive à la nuit à Rhétal, à l'embranchement de la route de Dabo. Sur l’axe A, ce jour là, le G.T. D. avec deux Bataillons américains prennent Sarrebourg. Le 1ier Escadron, placé aux éléments réservés du G.T. L, est porte au delà de Cirey au carrefour des routes de Bertrambois et de la Framboile. De là il fait mouvement par Bertrambois, Hattigny, Fraquelfing sur Niederhoff où il passera la nuit du 20 novembre.

Le 21 novembre, la pluie est torrentielle. L’ordre est donné au Sous-groupement Minjonnet de se porter dès 7 h à Hartzviller et l’axe normal de marche. Le départ de la colonne est retardé par les chars allemands, à la sortie de Voyer qui obstruent la route. A 8heures 15, le Sous-groupement Massu passe à Rhétal et plonge sur Dabo. Derrière lui, le Groupement Guillebon suit dans son sillage.

À 8heures 50,  La colonne Minjonnet démarre. A 9heures 25, l’élément de tête a traversé Arzviller et marche vers Vallerysthal. Le Sous-groupement poursuit sa route au milieu des véhicules ennemis détruits, des cadavres allemands, et des groupes de prisonniers que MASSU a mis sur la route de Vallerystahl. A 9heures 30, MASSU se trouve devant Dabo. En 40 minutes la ville est nettoyée.

CNE CANEPA 10

L’attaque générale du GTL en bleu – En rouge , la 75ième DIUS

 

Le 1ier  Escadron du Hays  est envoyé en reconnaissance sur Arzviller

Langlade a donné l'ordre l’ordre au 1ièr Escadron du Hays (12ième  R.C.A.), d’effectuer une reconnaissance sur l’itinéraire suivant : Hauteguesse – Nitting – Hesse – Schneckenbusch – Niderviller – Arzviller – Lutzelbourg. Cet itinéraire correspond à l’option nord de l’axe C du Sous - groupement Minjonnet, une option qui suppose de se rapprocher de la ligne fortifiée allemande de la Vogesenstellung et, de passer dans la trouée de la Zorn à Lutzelbourg. Cette vallée très étroite et exposée, rend nécessaire la reconnaissance. La décision définitive de faire passer le Sous-groupement Minjonnet  par la route de Dabo n’est pas encore prise à cet instant. Jean-Paul Martinelle[7] indique :

" Au Rehtal, Massu devait descendre dans le Rehtal et remonter à Dabo par Schaefferhof. Minjonnet au carrefour du Rehtal devait prendre la direction de Guntzviller, Arzviller et Lutzelbourg par la trouée de la Zorn et le canal de la Marne au Rhin pour arriver à Saverne".

Le 1ièr  Escadron du Hays part de Niederhoff, renforcé d’une Section de la 1ière Compagnie du 13ième  Bataillon du Génie. Le 3ième Peloton de Chars du Lieutenant Canepa  est en tête de l’Escadron. Ce matin là, l'Armée allemande occupant Niderviller, s'est retirée, en faisant  sauter  les trois ponts du canal de la Marne au Rhin : pont sur la D96, pont sur la D45 de la route de Niderviller à Sarrebourg, pont du Moulins.

La destruction des ponts n'empêchera pas la 2ième  D.B., suivie de la 79ieme DIUS, d'arriver à Niderviller par Schneckenbusch. A 9heures  35, le 1ièr  Escadron du Hays est à Hesse avec les américains. Il atteint Schneckenbusch à 9h 45. A 10 heures, il entre à Niderviller. Le souvenir de cet évènement est encore très présent dans la mémoire de ce village qui avait été complètement germanisé. De derrière les carreaux des fenêtres, on a bien vu le premier char du 3ième  Peloton Canepa, faisant son entrée dans le village déserté, par la route principale. On se rappelle qu’il était suivi par un Half-track.

Le char de tête tourne dans la rue de la tuilerie, en direction du "Vieux Moulin" (Altenburger). La population peut sortir, enfin, des maisons et des caves. Les éléments d'archives nous indiquent que ce n'est que plus tard, après la fin de la guerre, que les habitants de Niderviller découvriront avoir été libérés par des chars de la  2ième  D.B., sans pour autant savoir qu’il s’agissait des Chasseurs du 12ième R.C.A.. La confusion s’explique par le fait que lors de la libération, les Escadrons de Chars de la 2ième D.B. sont entièrement équipés et habillés comme les américains. Seule marque d’identification visible est la Croix de Lorraine de la France Libre.

D'ailleurs, le 1ièr  Escadron du Hays ne s'attarde pas dans le village,  poursuivant sa mission de reconnaissance.  À 10 heures 15 précise, le 1ièr  Escadron a déjà dépassé Niderviller, suivant l’ordre de « pousser comme un furieux » vers Arzviller. Quand les soldats Américains de la 79ième   DIUS arriveront à leur tour dans le village, ils distribueront cigarettes et chocolats aux habitants de Niderviller, et d’autres cadeaux aux enfants, massivement rassemblés au bord de la route. Pendant ce temps, non loin de là, le Sous-groupement Minjonnet est stoppé suivant les ordres, au carrefour de Rhétal. Il assure la défense sur les arrières de Massu et du G.T. W. Lui-même  est couvert à l’ouest par l’Escadron de chars (1ier) du Hays en direction de Arzviller. Et, le Sous-groupement Massu passe le col du Wolsberg.

 

CNE CANEPA 11

 Lieutenant Canepa avec l’équipage de son char Val de Loire II

 

Une violente résistance ennemie

À 11 heures, le 1ièr  Escadron du Hays est arrêté par une très violente résistance ennemie. Les feux venant d’Arzviller solidement occupé par les allemands, fusent. L’occupation de l’axe Guntzviller – Arzviller semble sérieuse. A 11 heures  25, une reconnaissance aérienne est demandée par Langlade sur Arzviller et Guntzviller, deux villages proches. La reconnaissance aérienne ne voit rien alors que l’Escadron Hays est arrêté par les feux ennemis.

À 11heures 40, le Lieutenant Gayet du 4ieme R.M.S.M[8]. est envoyé par Minjonnet en reconnaissance sur Guntzviller. Il se heurte à des feux violents dont les feux anti-chars de canon de 20mm. Plusieurs hommes sont gravement blessés. Une automitrailleuse et une jeep sont détruites. Tous les blessés sont ramenés par Half-track sanitaire. L’occupation de l’axe Guntzviller – Arzviller est très sérieuse.

À 12 heures 30, l’artillerie et les obusiers prennent à partie la crête ouest d’Arzviller. Les coups longs d'une arme anti-char tombent sur l’Escadron du Hays. Le 3ième Peloton Canepa progresse en tête sans incident jusqu’à la crête située à 500 m ouest de Arzzviller. A cet endroit, la situation devient critique pour le Peloton de tête. La reconnaissance reste à faire, compte tenu des résultats de la reconnaissance aérienne. Elle ne peut se faire autrement qu'à pied, ce qui oblige à prendre de gros risques pour sortir du char et s'exposer comme cible de choix des snipers[9]. Face à une situation aussi dangereuse, aucun des hommes ne veut d’emblée sortir des chars.

Fred décide alors de montrer l'exemple, en tant que Chef du Peloton : il sort de son char pour effectuer lui-même la reconnaissance à pied. De l’infanterie ennemie enterrée à cette crête est camouflée dans les buissons qui bordent le chemin d’accès. Elle ouvre le feu et blesse le Lieutenant, ainsi que le Chasseur Fournier.

Les résistances sont rapidement nettoyées. La crête est occupée. Le Peloton du Truchis est poussé en avant pour reprendre la progression vers Arzviller. Mais celui-ci  ne peut déboucher de la crête car le 1ier char est également  pris à partie par des feux d’armes lourdes, venant du carrefour des routes de Hommarting et de Lutzelbourg. Les chars du Peloton Canepa et du Lieutenant de Truchis appliquent leurs feux sur le carrefour et les débouchés nord de Arzviller.

Une autre reconnaissance à pied est encore nécessaire pour voir ce qu’il y a au carrefour. Lorsque le Maréchal des Logis Heurtaux et le Chasseur Juif retournent à leur char pour tenter de le récupérer, ils sont atteints par un projectile venant du carrefour. Le Chasseur Edmond Juif meurt immédiatement après sa blessure.

Peu après, dix coups d’artillerie tombent sur la crête et blessent le médecin Capitaine de la Compagnie de Génie d'un éclat d'obus alors qu'il faisait les premiers pansements des blessés. 5 autres hommes de la Compagnie du Génie sont également touchés et évacués. Lors de cet engagement de 11 heures 30 à 12 heures 30, à proximité du carrefour des routes de Niderviller à Arzviller, il y a  10 pertes, dont 4 au 1ier Escadron du Hays. Fred est évacué sur la 3ième  Compagnie médicale, qui constate une plaie pénétrante par balle de l’omoplate gauche: " la balle m'est rentrée par l'épaule, près du cou, elle est descendu le long des côtes et est sortie dans le dos", écrit-il à sa famille, quelques jours après.

Il a beaucoup de chance, aucune partie vitale n'a été touchée. Il raconte qu'il se retrouve sous une tente avec les autres soldats évacués; il y a des Français, des Américains et des Allemands. Il retrouve l'abbé Révérend de Gevigney, blessé dans une séquence de combat précédente. Il est ensuite évacué à l’hôpital du Val de Grâce à Paris, pour plusieurs semaines. 

La Division Leclerc reconnaîtra cet acte de courage dans une Citation comportant l’attribution de la Croix de Guerre : « brillant chef de Peloton plein de courage  et de sang froid et connaissant à fond son métier. Le 21 novembre 44 à Hartswiller n’a pas hésité malgré de violents bombardements à pousser une reconnaissance à pied avant d’engager ses chars. A été blessé au cours de cette reconnaissance donnant ainsi le plus bel exemple ». L’Aspirant Falguière[10] prend le commandement du 3ième Peloton en remplacement de Fred. Il est 13 heures.

 

CNE CANEPA 12

 

  

Abandon du passage par la trouée de la Zorn

Après les évènements d'Arzviller, la progression par la trouée de la Zorn est définitivement abandonnée. Alors que Massu débouche dans la plaine d'Alsace, de Langlade donne l’ordre au Capitaine du Hays de se replier sur Plaine de Walsch, un village tout près de Brouderdorff. Il lui donne ensuite l’ordre de s’établir en bouchon à Niderviller puis de rejoindre le G.T. L. sur l’axe Rhétal-Dabo. Ce repli s’avère impossible à cause de la présence d’un Régiment d’Infanterie américaine avec des Escadrons de chars, tanks destroyers et véhicules de toutes sortes qui s’échelonnent sur le mauvais chemin qui revient sur Niderviller.

CNE CANEPA 13

Le départ a lieu cependant vers 15 heures au prix des plus grandes difficultés. A 15 heures 15, Minjonnet, toujours au carrefour du Rhétal reçoit l’ordre de serrer, avec tout son Sous-groupement derrière Massu sur l’axe Dabo. Le PC du Sous-groupement s’installe pour la nuit à Obersteigen. A 18 heures, l’Escadron du Hays est enfin regroupé à Niderviller. Le char « Beauvaisis II » n’a pu être récupéré.  2 Half-tracks, 1 GMC du Génie sont restés embourbés. A 18 heures 30, il est au carrefour du Réthal et Trois Fontaines, puis, il fait mouvement en direction de Dabo et Obersteigen. Il s’arrête à 3 Kilomètres après Dabo et passe la nuit au bord de la route. 

 

CNE CANEPA 14

Libération de villages dans les Vosges en novembre 1944

 

L’ennemi est désorganisé

Le poste de commandement du G.T.L. fonctionne à 23 heures au col de Wolfsberg. La pluie est torrentielle. « Toute la nuit du 20 au 21 et tout le jour du 21, un torrent de chars et d’infanterie portée suivi de deux groupes d’artillerie sur chenilles roulait ses flots au travers de la montagne et, comme un raz de marais, s’écrasait à la tombée du jour dans la plaine d’Alsace »  écrira le Général de Langlade.

Le rapport du QG pour la journée du 21 novembre du Général Leclerc est le suivant :

" Au cours de la journée, un nombre considérable de villages ont été libérés, un grand nombre d'ennemis tués (une centaine) ou faits prisonniers (1300). Un matériel important détruit ou capturé. L'ennemi est complètement désorganisé et son repli présente tous les signes d'une déroute. Nos pertes en matériel sont minimes, nos pertes en personnel plus importantes".

Sur l'axe A, le Sous-groupement du Colonel Rouvillois, passé aux ordres de Langlade, s'engouffre plus au nord au passage de la Petite Pierre, taillant en pièce la 361ième  Division d'Infanterie Allemande. La Petite Pierre est occupée à 16 heures, 600 Allemands sont tués et il fait 1400 prisonniers. Sur l’axe B, le Groupement DIO est stoppé sur la route de Phalsbourg, devant la ville, et ne peut arriver à déboucher.  La 44ième  Division US occupe Sarrebourg, Imling, Heims, Niederviller. Par ailleurs, ce  21 novembre est le jour où  la 1ière  Armée Française du Général de Lattre a réussi à faire brèche sur Belfort et à en chasser l’ennemi.

 

Attaque sur  Saverne

Le 22 novembre, la mission du G.T. L. est de s'emparer de Saverne (Sous-groupement Massu) et de pousser aussitôt sur le col (Sous-groupement Minjonnet ), s'en emparer à revers, pousser sur Phalsbourg afin d'ouvrir la porte close au G.T.D. et à la Division américaine arrêtée devant la ville.

Si Minjonnet échoue, l'attaque prévue pour le lendemain sur Strasbourg devient impossible. La 2ième D.B. se serait en effet trouvée coupée de ses arrières, venant du grand axe d'importance vitale qu'est la nationale 4 Saverne - Sarrebourg - Nancy.

À 13 heures 10, Minjonnet court vers le col. Il écrase la résistance après 4 heures  de combat, détruisant 2 Compagnies d'infanterie. Beaucoup de canons enterrés sont placés vers l'ouest et ne servent pas les Allemands contre cette attaque inopinée qui les prend à revers. La désintégration allemande est totale. La route de Saverne est ouverte et permet au Groupement Dio et à la Division américaine, stoppée depuis deux jours, de s'engouffrer à son tour en Alsace. Alors que pendant ce temps, Massu a occupé Saverne et fait 800 prisonniers, de nombreux Officiers et un Général Allemand, expédié le jour même au Général Leclerc.

CNE CANEPA 14 bis

 Attaque pour la libération de Saverne

 

CNE CANEPA 15

 Libération de la ville

 

23 novembre, libération  de Strasbourg

 À 6 heures 45, les blindés s'élancent de Saverne sur 4 itinéraires indiqués en bleu sur la carte, avec comme objectifs Strasbourg et Kehl :

- Axe nord : le Sous-groupement Rouvillois qui demeure aux ordres du commandant GTL, pour la journée du 23.

- Axe sud : Sous-groupement Massu avec l'État Major du GT L. Le 1ier Escadron du Hays se trouve derrière l'État-major du G.T. L. A sa droite, se trouve le Groupement Guillebon.

CNE CANEPA 16

Le début de la matinée est une véritable charge qui déroute toutes les prévisions de vitesse. A 9 heures 30, Massu se trouve à 5 km de Strasbourg face à une résistance qui s'annonce vigoureuse. Des fortifications anciennes, les forts de Pétain et Foch, sont solidement tenues et barrent la route.

Toute manœuvre est rendue impossible par les pluies abondantes qui ont transformées les champs en bourbier. Les chars s'enlisent et on ne peut mettre l'artillerie en batterie. Il s'agit alors de forcer à la grenade et à la baïonnette cet ultime bastion défendu par des tireurs d'élite qui causent au Sous-groupement des pertes sévères en descendant infailliblement tout homme qui sort la tête d'un char. Va-t-on être stoppé et contraint de monter une opération meurtrière? C'est ce qu'envisagent Massu et Langlade avec une certaine angoisse. Guillebon est également bloqué sur la ligne des forts Kleber.

Heureusement, à 10 heures 10, un message triomphal, devenu célèbre, parvient : "tissu est dans iode" à traduire en clair :

"Rouvillois est dans Strasbourg".

 

C'est alors que selon les vieilles méthodes de Cavalerie, Langlade stoppe toute attaque projetée et donne l'ordre de faire demi-tour et rejoindre une bretelle reliant l'axe Massu à l'axe Rouvillois et de s'engouffrer derrière celui-ci. Vers 10 heures 30, le 1ier Escadron du Hays toujours en réserve du G.T.L., reçoit l'ordre de foncer au plus vite sur Strasbourg et de se mettre aux ordres de Rouvillois. La préoccupation immédiate de Langlade est de renforcer par tous les moyens disponibles les maigres effectifs de Rouvillois qui risquent de se trouver noyés dans Strasbourg.

Au même moment, Langlade reçoit un autre message de Rouvillois : " Ayant laissé permanence à la Kommandantur, je fonce sur le pont de Kehl..."

 

CNE CANEPA 17

Entrée des chars de la 2ième D.B.dans Strasbourg

Vers 12heures,  le 12ième R.C.A., avec son 1ier Escadron du Hays, est la seconde unité à entrer dans Strasbourg. Elle sera suivie du Groupement Guillebon vers 13heures. A 14heures 30 tout le G.T.L. est dans la ville. L'Université, la Poste, le Pont de la Bourse sont occupés. L'Escadron du Hays s’installe sur la Bismarckplatz. Vers 16 heures, le Général Leclerc donne l'ordre au Capitaine du Hays de rejoindre, avec 2 Pelotons, le Lieutenant-colonel Rouvillois qui continue de se battre comme un furieux, devant le pont du Rhin. Les deux Pelotons du 1ier Escadron ne peuvent arriver jusqu'au pont de l'Ill.

Le char de tête est détruit par une arme anti-char située un peu avant le pont. En ce jour mémorable de la libération de Strasbourg, le Brigadier Chef Luc Coudert et  le Chasseur Jean Gros sont tués. Le Chasseur Christian Langloys et Le tireur Chasseur Antoine Rocca sont blessés et évacués.

La nuit tombante, il est impossible de trouver un autre itinéraire. Le Général annule l'opération.  Le 1ierEscadron est de nouveau regroupé aux abords de Bismarckplatz. Le G.T. L. a 5 chars brûlés et plusieurs Half-tracks détruits. Toutes les casernes sont pleines de "Boches" qui tiennent solidement et font des points de passages forcés de véritables enfers battus par des armes de tous calibres. Ce 23 novembre, Leclerc écrira un simple mot:

"Aujourd'hui j'entrais dans Strasbourg au milieu de la bataille. Nos hommes ont été splendides. Voilà le couronnement. Maintenant, nous pouvons disparaître. La tâche est remplie".

Le 24 novembre, une reconnaissance du 1ier Escadron[11] du Hays[12], rapporte le renseignement que le Général de Corps d'Armée VATERODT, Gouverneur Militaire de Strasbourg, est avec un millier de soldats réfugié dans le fort NEY. Le Général Leclerc donne l'ordre à Langlade d'attaquer et de prendre le fort Ney.

CNE CANEPA 19

Les allemands faits prisonniers sont rassemblés Place kléber.

 

CNE CANEPA 18

 Place kléber.



[1] depuis 11 novembre en remplacement du Lieutenant Boucher  

[2] 13 400 militaires français, 35 000 allemands seront tués pour l'ensemble des forces mobilisées. La 2ième D.B. aura, environ 2000 pertes dont 425 tués.  20 000 prisonniers allemands seront faits. 

[3] commandant le 15ième Corps d’Armée US

[4] Axe a) Réchicourt, Grondexange, Rauvwiller, la Petite Pierre, la vallée de la Zinsel, Dossenheim,

Axe b) : Lorquin, Sarrebourg, Phalsbourg, col de Saverne, Saverne

[5] Comme l'indique la lecture sur carte de ces itinéraires de principe,  l'option descente des contreforts des Vosges par la route du DABO (axe D), finalement suivie par tout GTL et le GTW, n'était pas l'option initialement prévue pour le sous - groupement Minjonnet ( axe C )

[6] 200 allemands sont tués, et il est fait 600 prisonniers.

[7] Jean Paul Martinelle Président du groupement UIACVG (Union des Invalides et Victimes de Guerre) de Buhl-Lorraine et de Schneckenbusch.

[8] 4ième Régiment de Marche des Spahis Marocains

[9] Les snipers allemand se sont d’ailleurs fait une sérieuse réputation de tireurs d’élites.

[10] Le 5 février 1945, lors de la prise du village de Ohnenheim en Alsace, dans le cadre d’une reconnaissance effectuée par le 1ier Escadron, l’Aspirant Falguières sera tué d’un coup de bazooka à la tête. 

[11] Peloton du Sous-lieutenant de La Pontais

[12] Le 25 novembre, le Capitaine Humbert du Hays malade est évacué et remplacé au commandement du 1ièr Escadron par le Capitaine Jacques de Parcevaux.


 

 

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Janvier 1945 – Campagne d’Alsace

 

Depuis la libération de Strasbourg, a commencé le 27 novembre 1944 la campagne d'Alsace qui prendra fin le 15 février 1945. Elle durera 82 jours dans le froid et la neige. Les armées se battirent 45 jours par une température stabilisée à - 10  avec, certains jours, jusqu'à – 18, dans une région qui prit l'aspect du Grand Nord. Cette bataille sera particulièrement sanglante et coûtera de lourdes pertes de part et d’autre. L’Alsace partagera – avec la Normandie – le triste privilège de la province la plus affectée par l’acharnement des combats. Plus de 20 villages seront détruits.

 

La 2ième D.B. passe aux ordres de la 1ière  Armée

 

La 2 D.B. est passée aux ordres[1] de la 1ière Armée Française du Général de Lattre, au grand désarroi de Leclerc. Elle reçoit l’ordre d’occuper un secteur de 30 km sur le front de la 1ière Armée qui est au total de 210 km. Pour cette occupation, elle est renforcée par 7 Bataillons d’infanterie[2]. Elle conserve une partie des moyens dans la zone ouest de Strasbourg. Le Chef d’Escadrons Gribius prend les fonctions de Commandant en second du 12ième R.C.A. et remplace le Colonel Minjonnet à la tête de son Sous-groupement. Celui comprend:

 -   le 3ième  et le 4ième Escadron de chars du  12ieme R.C.A.[3],

 -   les 7ième et 8ième Compagnie  du 2ième Régiment de Marche du Tchad  ainsi qu’un Peloton de Tank Destroyers du 4ieme RBFM.

 

Le 19 janvier 1945, à sa  sortie de l’hôpital du Val de Grace à Paris, à peine remis de sa blessure, Fred  rejoint le  12ième Chasseurs au 4ième  Escadron de Chars. Il est alors Lieutenant en premier, adjoint au Capitaine Baillou. Il participe à la reprise de Kilstett et à la réduction de la poche de Colmar dans le secteur de Neuf-Brisach. Les Chefs de Pelotons de l’Escadron sont le Sous-lieutenant de Miscault, le Sous-lieutenant Picquet, les Aspirants Dufour et Catala, l’Adjudant-chef Jeandet.

 

Contre-offensive allemande dans les Ardennes

Les mois de décembre 1944 et janvier 1945 sont marqués par une nouvelle contre offensive allemande menée par Général Van Rundstedt, imposée par Hitler. Elle s’engage dans les Ardennes, prenant au dépourvu les Alliés[4]. Les Allemands assiègent Bastogne le 20 décembre. Le 25, ils sont à 7 km de la Meuse. Saverne et Sarrebourg se retrouvent menacés.

Face à cette menace, le Général Eisenhower donne l'ordre à toutes les troupes de la 7ième Armée US d'abandonner Strasbourg et de se replier jusqu'au col de Saverne et du Dabo. Le Général Leclerc, apprenant l'intention du Commandement américain d'abandonner Strasbourg pour raccourcir le front, fera tout ce qu'il faut pour s'y opposer. Fort ému, il dépêche un Officier auprès du Général de Gaulle, porteur d'un message typique de son caractère et de sa détermination :

« Si cet ordre (de repli) est vraiment donné, nous n'avons qu'une seule chose à faire, la Division tout entière doit passer en Alsace et se faire tuer sur place, jusqu'au dernier homme, pour sauver l'honneur de la France ».

Au final, le 3 janvier Eisenhower, convaincu par Churchill et de Gaulle, renoncera à ce repli abandonnant Strasbourg. Le 16 janvier, l’offensive des allemands dans les Ardennes est brisée.

 

La menace allemande sur Strasbourg se précise

Le 7 janvier, l’offensive allemande se rapproche avec des attaques au nord et au sud de Strasbourg. C’est l’opération "NORWIND". Le 20 janvier, une nouvelle contre attaque allemande - visant à reconquérir l'Alsace et Strasbourg - est déclenchée entre Gambsheim et Brumath. L’infanterie allemande occupe Kilstett. Un Bataillon de la 3ième DIA[5], le bataillon de Seguin de Reynies y est encerclé et voué à la destruction.

Le 21 janvier, le 4ième Escadron Baillou et la 7ième Cie Fonde se tiennent à Oberhausbergen. La neige tombe à gros flocons pendant 9 heures. La couche atteint 60 cm. A 22 heures, le téléphone du PC du Lieutenant-colonel Gribius commence à se déchaîner. Le Sous-groupement doit se porter à Hoenheim pour une intervention probable dans la région de la Wantzenau.

Le 22 janvier, 3h 30 du matin, Gribius est alerté. Il doit se tenir prêt à partir de 5 h pour un ordre de départ qui arrive à 5 heures 15. La mission est de dégager le Bataillon de la 3ieme DIA, encerclé à Kiltett. Sont mobilisés sur l'opération, la 7ième Cie du Tchad et les 3ième et 4ième Escadrons de Chars du 12ième R.C.A. Gribius attaquera en deux détachements, débouchant de la Wantzenau. Chaque Détachement regroupe un élément de la 7ième  Compagnie et un élément du 12ième Chasseurs :

-  celui du Capitaine Mollo et du Capitaine de Bort (3ième Escadron), glisseront le long de l’Ill au travers du bois longeant la rivière ; ils attaqueront Kilstett par l’Est. Le Bataillon DESTREMAU de la 3ième DIA suivra dans le sillage de l’attaque de Bort, pour occuper Kilstett, aussitôt repris.

-  celui du Commandant Fonde et du Capitaine Baillou (4ième Escadron) devront  progresser par la route et attaqueront Kilstett par l’Ouest.

Les Pelotons de chars quittent Frudenheim, gagnent la Wantzenau par Hohenheim. Le 4ième  Escadron part à 6 heures[6]. Vers 7heures 30, l’élément de tête arrive à Hohenheim, suivi des autres unités engagées. A 8heures 30 arrive un dernier message du Commandant de Reynies, pris au piège : « faites vite, le hallouf est dans le douar ». La traduction est « faites vite le cochon sauvage est dans le village ». L’attaque est déclenchée à 9h 15 selon le dispositif prévu.

 Ce que l’on peut lire dans le journal du Sous-groupement :

" 9h 15, c'est le départ du 4ieme Escadron protégé par des tirs de 57 et de mortiers.

9h 30, à la prise de contact, le char "le Périgord" est touché par le Panzerfaust. Le 1er Peloton se déploie à gauche de la route. Le Peloton  Dufour reste sur l’axe et prend à son compte la mission de Miscault d’atteindre la voie ferrée. Le Peloton Catala se déploie à l’est de la voie ferrée. Les tirs d’artillerie fusent de part et d’autres.

9H 45. le 3ieme Escadron ( Bort ) se met en position entre la voix ferrée et les étangs pour aider de ses feux le 4ieme Escadron et le Bataillon.

10 h le Peloton de Miscault est arrêté sur la route, alors que le Peloton Catala progresse sans difficulté à droite de la voie ferrée. Le Commandement décide alors d’engager le détachement Bort–Mollo, sur la droite.

11h 15 passage de Dufour au carrefour S.O. de Kilstett.

11h 30 le détachement Fonde–Baillou pénètre dans le village. Entrée du Peloton Catala dans kilsttet par les lisières sud et arrivée jusqu’à l’église. Il fait la liaison avec le Bataillon encerclé et commence le nettoyage.

11h 50 arrivée de Dufour qui tient le passage à niveau Nord.

12h Contact du Peloton Dufour avec les chars ennemis. Un Panther est détruit par le « Guyenne II » .

13h, deux chars de Miscault sautent sur des mines à 50 m à l’ouest du carrefour de Kilsttet, le « Bordelais II » et l’ « Aunis » sont atteints.

14h le deuxième Panther est détruit par le Peloton Dufour (Guyenne II). Le « 25 août » a reçu une rupture dans le barbotin.

14h 30 arrivée de Catala aux lisières NE de Kilstett. Arrivée dans le village de l’élément Bort–Mollo. Au cours du dépannage des chars de Miscault, le « Saintonge » reçoit un obus de gros calibre sur la partie avant. Accélérateur coincé rentrera à vitesse réduite.

16h 30 retour du Peloton de Miscault moins l’ « Aunis » qui restera sur le terrain et ne sera récupéré que le 23 pendant la nuit protégé par le Peloton d’éclaireurs. Les chars reviennent à Oberhausbergen."

La bataille dure toute la journée sur un front extrêmement étroit. Il faut 7 heures pour paralyser les dernières résistances et être entièrement maître de Kilstett. L'ennemi se défend avec fanatisme, en se battant pied à pied jusqu’à la mort et en refusant de se rendre. Il s’agissait du Régiment Marbach, composé entièrement d'élèves Sous-officiers fanatisés. Il n’y avait pas un seul deuxième classe.

Ce corps avait été ainsi formé, car les cadres dépassaient en nombre les effectifs décimés de la troupe. Ils s’étaient formés en corps d’élite comme le prouve l’acharnement des combats. Côté allemand, on décompte 400 cadavres et 350 prisonniers. Le Sous-groupement Gribius a détruit 3 Panther et 4 canons auto porteurs. Attaques et contre attaques vont se multiplier jusqu’au 25 janvier. Les Français forment des poches de résistance dans les villages. Les assauts allemands finissent par s’essouffler. Strasbourg est sauvé. Pour cette opération, le G.T. L. de la 2ième D.B. constitué de la 7ième Compagnie du Tchad et des 3ième et 4ième Escadrons de chars du 12ième R.C.A. sera cité à l’ordre de la 1iere Armée Française :  

« Le Général d’Armée de Lattre de Tassigny, Commandant en chef la 1ier Armée Française, cite à l’ordre du Corps d’Armée le Groupement Tactique Langlade de la 2D.B. . Engagé le 2 janvier 1945 aux ordres du Général de Langlade, en soutien de la 3ième  DIA, est intervenu de façon décisive pour briser le dernier assaut allemand en direction de Strasbourg. Après une étape de nuit difficile par la haute neige, s’est porté résolument à l’attaque pour dégager un Bataillon de tirailleurs, encerclé depuis la veille à Kilstett par des forces supérieures. Par la soudaineté et la violence de son intervention a complètement surpris l’ennemi, l’a mis en déroute, lui infligeant de lourdes pertes et lui faisant une centaine de prisonniers ». Citation en date du 21 avril .

Le Général de Langlade écrira : « Notre plus belle récompense était d’avoir délivré le Bataillon REYNIES avec le Capitaine VALENTIN et sauvé celui-ci d’une mort probable ou de la captivité, ce qui était pire. ».

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Capitaine Baillou commandant le 4ième Escadron et le Commandant Fonde

 

L’offensive des Alliés pour réduire la poche de Colmar

L’offensive de la 1ière Armée du Général de Lattre sur Colmar a déjà été remise plusieurs fois, priorité étant donnée au verrouillage de l’offensive Von Rundstedt dans la région de Strasbourg. De Lattre veut en finir après 3 mois de batailles acharnées car son armée est dans un grand état de fatigue. C’est le dernier round avant le franchissement du Rhin. L'offensive est déclenchée le 22 janvier par  2ième Corps d'Armée Montsabert qui bénéficie de l'appui :

 -      de la  3ième  DIUS ( 21ième Corps d’Armée US du Général Milburn ),

 -      de la 1ière  DFL et des éléments de la 5ième  D.B.,

 -       la 2ième  D.B. avec son G.T. W. puis, à partir du 2 février du G.T. L. avec les Sous-groupements Massu et Gribius.

 

Cette offensive a comme point de départ le sud de Sélestat et comme objectif Colmar. Les objectifs successifs sont Illhaeusern, Marckolsheim et le Rhin. La bataille s'engage dans des conditions climatiques très difficiles. Le Général de Lattre raconte : 

« Le choc est violent. Dans l’aube glaciale sur la plaine couverte de neige, des ombres fantomatiques avancent, ombres démesurés des chars peints en blanc, ombres innombrables de fantassins revêtus de cagoules ».

Le Général de Langlade apporte également des éléments qui en disent long sur (ces ?) des conditions :

« Il fait 20° au dessous de zéro, le vent souffle et il y a 1 m de neige. L’Ill et ses nombreux affluents gonflés par les crues, débordent dans les prairies transformées en banquises chargées de hmocks ( ?) de glace. Soit au contraire,  les 1 et 2 février, le terrain se transforme  en marais de la préhistoire suite à un relèvement brutal de la température. Le thermomètre étant passé de -21° à + 4° ».

Les Français souffrent du handicap du matériel - notamment blindé. Le Sherman est surclassé par le Tigre et le Panther. On assiste à de grosses difficultés dûes à des opérations insuffisamment préparées ou à un manque de coordination de commandement entre les différentes unités de l’armée américaine et de l’armée française.  Un certain nombre d'incidents ont lieu.

Au franchissement de l’Ill à l''Illausern, le Groupement Tactique Guillebon perd en quelques heures 135 hommes dont 12 Officiers, dont le Lieutenant-colonel Putz et le Capitaine Puig. Pendant ces journées critiques, la tension entre le Général de Lattre et le Général Leclerc ne cesse de croître. Ce dernier supporte de moins en moins sa subordination au Chef de la 1ière Armée Française, en désaccord avec lui sur l'emploi des Divisions Blindées. Selon Leclerc, de Lattre est réduit à piocher dans la 2ième D.B., les Pelotons et Escadrons de chars pour accompagner ses fantassins à l'attaque, au lieu de les utiliser pour l'exploitation, les détournant de leur raison d'être et les exposant à être débitées au détail. Il est certain que l’utilisation optimisée et à bon escient des blindés, par Leclerc, a permis de réduire les pertes en vies humaines de soldats.

 

Le Lieutenant Canepa prend le commandement du 4ième Escadron de Chars

Le 26 janvier, Fred prend le commandement du 4ième Escadron de chars, en remplacement du Capitaine Baillou, en permission. Il assure cette fonction durant la phase de liquidation de la poche de Colmar, dans le secteur de Neuf–Brisach. Avec le Sous-groupement Gribius, le 4ième Escadron gagne Duppigheim où il y restera jusqu’au 3 février[7], en position d'attente.

Le 4 février, l'ordre d'opérations pour le G.T.L. est d'appuyer le 21ième CAUS dans son attaque entre l'Ill et le Rhin. La 75ième DIUS, à droite entre l'Ill et le canal du Rhône au Rhin doit pousser jusqu'au canal Vauban pour y établir une tête de pont. La 3ième DIUS, à gauche entre le canal et le Rhin, doit forcer le passage entre Neuf-Brisach et le Rhin. Le G.T. L. doit passer dès que possible à la phase d'exploitation. L'objectif final est le pont de Chalampé, dernier pont permettant aux troupes allemandes, en retraite, de passer de l'autre côté du Rhin. 

Massu se tiendra derrière la 75ième DIUS. Gribius se tiendra derrière la 3ième DIUS, prêt à dépasser et occuper  les villages de Rustenhart, Hirtzfelden, Fessenheim, Balgau, avec reconnaissance sur Blodelsheim. Cette bataille se déroule dans des conditions de combat imprécises. Le Général de Langlade apprend par hasard que la 28ièmeDI doit effectuer des concentrations massives d'artillerie sur les villages de Dessemheim, Rustenhart et Hirtzfelden, villages qui sont sur l'axe d'exploitation de Massu. Celui-ci n'a que le temps - de justesse - de sortir du guêpier[8]. Quant au Sous-groupement Gribius il doit être prêt à exploiter sur une bande de 3 km, en défilant devant, d'un côté toutes les défenses ennemies de la rive droite du Rhin, de l'autre devant les Divisions alliées attaquant en face...Ainsi, après avoir roulé 36 km en tout terrain détrempé par le dégel au prix d'une grande fatigue, il aurait - sans un hasard heureux - dû recevoir tous les projectiles de la préparation d'attaque amie...

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Le 6 février : la prise d’Obersaasheim

Après deux attaques de nuit, la 3ième DIUS réussit à forcer le passage entre Neuf-Brisach et le Rhin. Elle s'est emparée à l'aube de 3 villages. Il est 4 heures, Gribius rend compte au Général de Langlade qu’il déclenche le mouvement en vue de l’exploitation vers Boldesheim.

Après avoir contacté le PC des Bataillons, il lui apparaît immédiatement que l’ennemi s’est replié sur de nouvelles positions et que l’heure n’est pas encore à l’exploitation. Il modifie en partie le dispositif prévu et décide de s’emparer d’Obersaasheim, par une action de force brutale et une manœuvre enveloppante vers l’ouest. Par suite d’un faux renseignement, il ne peut réaliser sa manœuvre par le carrefour 197 qui lui avait été annoncé libre mais qui était très fortement occupé. Obersaasheim va être enlevé après de violents combats. 

« Tout le Sous-groupement est engagé dans un étroit couloir en pleine vue de l’ennemi ce qui provoquera, malgré un rideau fumigène, la mise hors combat de 80 hommes » écrit Gribius.Le tir déclenché sur Obersaascheim permet une avance du Détachement Fonde - Canepa. Le 4ième Escadron part de Markeenheim à 8heures sur l'itinéraire Artzenheim – Kunheim - Biesheim…jusqu’à Algosheim. Fred fait une reconnaissance du terrain d’attaque avec ses chefs de Pelotons, puis il engage l’attaque. Le Peloton de Miscault débouche en tête à 11heures, par la route Algosheim – Oberssaasheim et progresse déployé, à gauche de la route.

Le Peloton Dufour démarre deuxième puis dépasse Miscault sur sa droite.

Le Peloton Catala progresse sur la partie Est d’Oberssaarheim.

Le Peloton Dufour pénètre dans le village par le nord et détruit un Jagtpanther et une arme anti- char. Il effectue  une liaison dans la partie Est du village avec le Peloton Catala. Ces deux Pelotons se portent aux lisières sud d’Obersaasheim. Il est environ 14heures.

Cependant le Peloton de Miscault a poussé sur la partie ouest du village. Le char « AUNIS » (Chef Allouin ) détruit 2 Panther au sud d’Obersaarsheim. Il est pris lui même, à deux reprises, par des ruptures tirées d’Heiteren. Un demi Peloton du TD tente d’appuyer les chars. Un de ses destroyers est pris dans une rupture. Le deuxième est mis hors de combat par un explosif qui lui perce le radiateur.

« Bordelais II » se met à couvert quelques mètres tandis que « Aquitaine II » reste derrière une maison près de l’ « Aunis ». Un violent tir de mortier et explosifs de chars a commencé sur le village, dès le début du nettoyage. A la fin de l’opération, deux chars amis qui débouchèrent vers Heiteren sont touchés à la sortie Est d’Obersaascheim.

Le 4ième  Escadron connaît des pertes sévères au cours de ces violents combats. Les tirs atteignant le char « Aunis » ont tué le Chasseur Boileau et le Chasseur Froz. Sont blessés, le Brigadier-chef Truchot, le Chasseur Gaston Lévy, le Chasseur Verbruggen, blessé à l'oeil, ainsi que le Sous–lieutenant de Miscault, blessé à l’épaule et à la jambe gauche.

Pendant la nuit du 6 au 7, alors que ce n'est pas l'ordre, un Bataillon de la 75ième DIUS arrive à Obersaasheim pour relever le Sous-groupement Gribius. Tout ce monde est alors obligé de s'entasser dans le village et de partager les obus qui pleuvent toute la nuit, provenant en nombre de l'artillerie du 75ième DIUS… Au matin, tandis que Gribius démarre pour poursuivre la mission, Oberssaasheim se trouve menacé par un Bataillon du 75ième DIUS. Fort d'un ordre d'opération datant du 6, la Division américaine reconnaît avoir harcelé de quelques 300 coups de 105, le village occupé par un Bataillon de sa propre Division et par le 4ième Escadron du 12ième  R.C.A.. Le 4ième  Escadron est réduit aux deux Pelotons des Aspirants Catala et Dufour.

Le « Gascogne III » a eu, lors des combats de la veille, ses parties moteur enfoncées par un explosif. Fred, en tant que commandant le  4ième Escadron,  est de nouveau cité à l’Ordre de la Division LECLERC :

« montre au cours de la prise d’Obersaasheim un sens tactique et manœuvrier de premier ordre . A participé à la capture de 250 prisonniers, à la destruction de 2 chars et de 2 canons anti chars ».

 Fred écrira qu’il  « avait fait peu de sentiments, surtout à Obersaarsheim où il faut bien le dire ça n’était pas très gai. ça ne fait rien, on riait même pas mal…et, il faut bien le dire, ce n’était pas un rire nerveux mais réfléchi et mûrement consenti ».

 

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 Le 7 et 8 février : la prise de Fessenheim

À 9 heures 40, le Peloton Dufour débouche des lisières S.E d’Obersaasheim et se porte par tous terrains, à l’Est d’Heiteren. Lorsqu’il est arrivé à la hauteur des premières maisons, le Peloton Catala démarre à son tour et pousse jusque dans le village et le nettoie. L’Escadron se regroupe à Heiteren pendant que le 3ieme Escadron attaque Balgau, malgré une résistance ennemie de plus en plus forte).

À 13 heures, le 4ieme Escadron pousse jusqu’à Balgau avec pour mission de prendre Fessenheim. Le Peloton Dufour doit déborder le village par l’ouest et se poster aux lisières sud. Le Peloton Catala qui ne doit démarrer qu’une fois la route d’Hirtzfelden – Fessenheim atteinte, sera chargé du nettoyage.

Le Peloton Dufour débouche à 17heures et progresse le long de la voie romaine. Vers 17heures 15, le char de tète « Guyenne II » est touché à deux reprises par rupture. La progression ne dépassera pas ce point. Les chars à court de munitions, se replient de 500 m, en se couvrant de fumigènes.

Ils se déploient face à Fessenheim et restent en position jusqu’à la nuit. Puis ils se replient sur Balgau. Ce jour là, il y a eu 5 tués au 4ième Escadron : Antoine Garcia, Marcel Uresteratzu, ("Guyenne II"), Henri Andrieu, Victor Kervich, Marius Kerviel. Il y a 10 blessés. 1 char a été détruit ("Guyenne II"). Le 8 février, à 7heures 45,  l’attaque est reprise sur Fessenheim. Le village a été violemment bombardé par mortier durant toute la soirée et la nuit. Le Peloton Catala prend en charge le nettoyage du village. En liaison avec la 1ier Armée, le village est évacué dans la nuit et occupé sans pertes.

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 Sous–lieutenant de Miscault Chef de Peloton au 4ième Escadron du 12 R.C.A.

 

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 Hommage aux camarades tombés du 1IER  Peloton du 4ième Escadron de Chars du 12 R.C.A.

 

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 Chasseurs du 4ième Escadron du 12 R.C.A rendant hommage à leurs camarades tombés au champ d’honneur

 .

Le départ des Allemands du sol français

Après ces derniers combats, la poche de Colmar est définitivement réduite. Les Allemands repassent le Rhin. Le Général Eisenhower, Commandant en chef des Forces Alliées de l’ouest ne tarira pas d’éloge pour l’Armée Française :

« Cette victoire, remportée en affrontant des conditions difficiles de climat et de terrain, est un exemple exceptionnel de travail d’équipes alliées au combat. C’est un tribut à l’habileté, au courage et à la détermination ». 

Le 12 février, la 2 D.B. cesse de compter à la 1ier Armée Française et passe sous les ordres de la 7ième Armée Américaine. Le 14 février, le Capitaine Baillou reprend le Commandement du 4ième Escadron.

Le 16 février, l’Escadron se porte sur Chanville près de Metz. Le 1ier mars, épuisé par des mois de combats continus, le 12ième R.C.A. se retire d'Alsace. Il est mis au repos dans la région de Châteauroux où son matériel est remis à neuf. Fred est promu au grade de Capitaine[9].

Le 15 mars, le Général Leclerc vient remettre la palme à l’Etendard au Régiment. Figés au garde à vous, Officiers, Sous-officiers, Chasseurs, entendent avec fierté la lecture de leur Citation à l’ordre de l’Armée. (Cf. doc original Citation du Régiment) :

« Régiment de chars qui sous les ordres du Chef d’Escadrons MINJONNET n’a cessé de battre l’ennemi partout où il a été engagé. Après avoir, dans de nombreux combats, brisé la résistance en Normandie et dans Paris, a conquis les 13 et 14 septembre la position de Damas, résistant à deux violentes contre-attaques ennemies et détruisant 21 chars Panther au cours de 30 heures d’une lutte ininterrompue. A ainsi réalisé un des plus beaux faits d’armes, depuis le débarquement allié du 6 juin. Depuis le 9 août, a détruit un total de 60 véhicules ou matériels de combats dont 40 chars, 4 obusiers de 150, 14 canons antichars, mettant hors de combat ou capturant un nombre très élevé d’ennemis » Fait à Paris, le 17.12.44. Signé : Charles De Gaulle.

 

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Avril 1945 - La réduction de la poche de  Royan

 

L’opération Vénérable

L’État Major de la Défense Nationale décide à la fin du mois de mars 1945, de mettre la 2ième  D.B. à disposition du Général de Larminat, Commandant de l’armée de l’atlantique. C’est l’opération "Vénérable". Elle doit mettre fin à la résistance allemande à l’intérieur de la poche de Royan, une des forteresses que le Haut Commandement allemand entend bien défendre pour empêcher l’utilisation des ports par les alliés. Les côtes sont défendues par de nombreuses batteries côtières du mur de l’Atlantique.

À l’intérieur, l’ennemi est retranché derrières plusieurs lignes fortifiées. Les avants postes sont solidement défendus par des champs de mines en grande densité et par une ligne de défense comportant trois importants ouvrages : Vaux, Jaffe, Belmont. L’ensemble totalise 5000 hommes, 200 ouvrages bétonnés, 100 pièces d’artillerie, 200 000 mines.

Malgré le bombardement aérien du 5 janvier 1945 qui détruisit presqu’entièrement la ville de Royan, les défenses militaires allemandes sont intactes. Les troupes allemandes continuent à résister à la pression des troupes françaises. Cette guerre de position n’évolue guère. La situation s’éternise. Si des renforts sont arrivés au début de l’année, ils apparaissent insuffisants  pour mener à bien une attaque générale de la poche de Royan.

Pour cette opération « Vénérable », le Général de Larminat a prévu d’engager plusieurs unités de blindés. Le Général Leclerc affiche son désaccord avec l’État-major sur l'envoi de sa Division, préférant poursuivre le combat de l’autre côté du Rhin. Un certain nombre d’Unités d’infanterie, de chars, d’artillerie, de génie, de train ainsi que le Bataillon médical de la 2ième D.B., représentant 10 000 hommes des  trois Groupements tactiques ( G.T. D., G.T. L, G.T. .R ) seront présentes[10].

Au cours de l’opération, la 2ième  D.B. aura 21 tués et 52 blessés[11].

Le 8 avril 1945, le 4ième  Escadron de chars quitte Saint Genou, embarque sur voie ferrée à Villedieu, débarque le 9 à St Jean d’Angely puis gagne Villemarin par la route. Le 12 avril, il gagne Saint Germain-du-Seudre. Le 13 avril, les 3ième et 4ième Escadrons de Chars sont aux ordres du Colonel Adeline, Commandant le Groupement Sud.

Ils prennent une position de tir masquée à Maine Moutard en vue de l'attaque de Royan prévue le lendemain. Le 14 avril à 6h 35, l’attaque de Royan commence avec ouverture des feux. L’Escadron exécute différents tirs masqués durant toute la journée, en appui d’infanterie sur l’axe de progression Semussac –Meschers. Les Chasseurs Merase et de Miasmond, chargeurs sur les chars "MEDOC II" et "Sancerrois" sont blessés le matin en engageant un obus.

Le 15 avril, l’Escadron continue sa mission toute la matinée. A 12 heures, il se porte à l’ouest de Saujon d’où il exécute des tirs masqués sur Fonbedeau. Les chars « Armagnac II », « Bordelais II », « Aquitaine III » tirent à vue sur les casemates devant Fontbedau.

Le 16 avril, l’Escadron a la même mission de tirs masqués et directs sur Fontebeau. Vers 15heures, un détachement[12] du 4ième Escadron, sous les ordres du Capitaine Canepa, est mis à disposition du Sous-groupement Pallu ( Groupement Est ) sur l’axe Fontbedeau, Mornac, Breuillet. La mission est de nettoyer la région comprise à l’ouest des lignes de résistance ( Fontbedeau ) et le sud de l’embouchure de la Seudre.

Le Peloton de Miscault, avec une Compagnie d'infanterie, a pour mission de nettoyer Breuillet. Il arrive vers 17 heures à Breuillet. Le groupe du Chef Forest nettoie la partie Est. Il se porte ensuite vers des batteries se trouvant au sud-est de Breuillet. Ils détruisent sans résistance 2 canons sous casemates et font quelques prisonniers.

Le Lieutenant Miscault et le groupe de droite - guidé par un prisonnier- se postent à 1 kilomètre  environ de Breuillet. Le Lieutenant pousse à pied avec le Lieutenant Commandant la Compagnie d’infanterie. Ils font 27 prisonniers et récupèrent 4 canons de 88. Le soir, le Peloton Miscault se regroupe au Grallet avec le Capitaine  Canepa. Il y restera jusqu'au 17.

Le Peloton Catala avec une Compagnie d’infanterie nettoie 2 fermes à gauche de la route à hauteur de Fontbedeau. Il y fait 200 prisonniers et détruit 4 canons dont 2 pièces de marine. Cependant, le Peloton Dufour avec le Capitaine Baillou, sous les ordres du Lieutenant de vaisseau Richard du RBFM se poste à Etaules par Saujon, Medis, Bernon, St Augustin. Le MDL Aguila est blessé par balle près d’Arvert. 

Ce jour, le Colonel Gribius est blessé,lui aussi. Il est remplacé à la tête du Sous-groupement par le Capitaine d’Alençon. Dans une Lettre, Fred écrit : "en 3 jours notre rouleau compresseur a fait table rase et toute la région de Royan est libérée"

Le 22 avril a lieu une Prise d’armes marquant la fin des opérations de Royan, au cours de laquelle un Peloton de chars du 4ième  Escadron défile devant le Général De Gaulle.

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Fin de la guerre

 

De l’autre côté du Rhin

Le 21 avril, la 2ième  D.B. est appelée en Allemagne. Le 25, c’est le départ des véhicules à roues vers l’Allemagne et le 28, le départ de Cognac par voie ferrée du reste de l’Escadron. Le 30 avril, l’Escadron débarque à Brumath, franchit à 9heures 15 la frontière franco-allemande et le Rhin au port de Rastatt. Il traverse Brumath, Rastatt, Ettlingen, Neuenbürg, Pforzheim, Bretten, Eppingen, Heilbronn, Weilsberg, Behringen. Il arrive à Hall à 22h.

Le 1ier mai, le 12ième  R.C.A. est regroupé à Augsbourg. Il arrive trop tard pour les derniers combats. Le 2 mai, l’Escadron cantonne à Tannhausen. Le 4 mai, les forces françaises se répandent dans l’Allemagne du sud. Un détachement de la division Leclerc s’empare du nid d’aigle. Dans le courrier du jour, Fred écrit que «  Munich n’existe plus. Il n’y a que des femmes. Les enfants nous regardent de loin, les femmes à travers les volets. On sent que des centaines d’yeux nous épient. Ordre de ne pas adresser la conversation aux populations. Il n’y a vraiment aucun homme. Tout est démoli, des femmes et des enfants ça et là travaillent dans des ruines, je ne sais pas à quoi »

Le 5 mai, l’Escadron arrive à 4 heures à Lenterschondorf sur le lac d’Ammersee où l’Escadron cantonnera jusqu’au 25 mai. Le 8 mai, c’est la capitulation Allemande à Berlin, en présence du Général de Lattre.

Le 19 mai, une grandiose cérémonie est organisée à Klosterlechfeld. La 2ième D.B. défile devant le Général de Gaulle sur le terrain d’aviation de Kandsberg. 3 chars du 4ième Escadron prennent part au défilé  de la Division. Le 25 mai. L’Escadron quitte Lenterschondorf et traverse Landsberg, Buchlatz ,Mindelheim, Memmingen, Steinheim, Biberadn Ried lingen.

Un mouvement de la 2ième D.B. qui se fait  « sous les pleurs des filles et femmes qui nous voient partir », écrit le Capitaine Canepa.

Le 26 mai, il prend le chemin d’Engstingen, Reutlingen, Tübingen, Karlsruhe, Rastatt. Le 27 mai, l’Escadron franchit la frontière franco-allemande à Kehl, passe sur le Rhin à 2 heures 30 du matin, arrive à Ichratzheim entre Strasbourg et Sélestat à 4 heures.

Fred raconte dans son courrier à sa famille qu’il a quitté, il y a 3 jours : « les bords enchantés et enchanteurs » du lac d’Ammersee en Allemagne, où il a passé plus de 15 jours. Il fait un commentaire qui en dit long sur l’épreuve des combats à la fin de cette guerre : « Dommage que la guerre soit finie car j’aurais eu une Croix de Guerre chargée, j’aurais eu peut être aussi une bonne petite croix de bois ! c’est assez bien porté aujourd’hui… »

 

Le temps de la reconnaissance et des adieux

Le 31 mai, le 4ième Escadron avec ses chars embarque à 4 heures dans le train, gare de Strasbourg. Il arrive à Souppes, près de Montereau, à minuit. Le 2 juin, l’Escadron stationne à Nemours puis à Fontainebleau. Le 11 juin, ce sont les adieux du Général de Langlade. Au cours de cette Prise d’Armes, une lecture est faite d’une nouvelle citation du 12ième R.C.A. à l’Ordre de l’Armée:

« Régiment de Cavalerie d’élite qui, sous les ordres du Lieutenant-colonel Minjonnet et du Chef d’Escadrons Gribius, n’a cessé depuis la campagne, de donner les preuves de magnifique tenue au feu. A pris une large part à la libération de Strasbourg par ses chars qui, en tête de la 2ieme D.B., ont traversé les Vosges, pris Saverne et son col, ouvrant la route aux divisions alliées. A, pendant la période du 18 novembre 1944 à février 1945, libéré de nombreux villages de Lorraine et d’Alsace, battant malgré de dures pertes, l’ennemi partout où il résistait, lui faisant 2580 prisonniers, dont 2 Généraux, lui détruisant 24 chars, 39 canons de différents calibres, de nombreuses mitrailleuses et plus de 200 véhicules automobiles ou hippomobiles ». Fait à Paris, le 19 avril 1945, Signé : Charles de Gaulle.

 

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Le Général Leclerc dira à sa troupe : « Destin vraiment providentiel que cet itinéraire conduisant les premiers compagnons du Général Leclerc du Tchad au nid d’aigle de Berchtesgaden à travers cinq années jalonnées d’épreuves et de souffrances inouïes. Les compagnons de la deuxième heure, aux côtés de leurs frères ainés, ont participés à ce prodigieux destin...Le cycle de l’Epopée est clos, celui des temps nouveaux commence. A vous tous, mes compagnons, au moment ou nos pas hésitent au seuil incertain des jours sans gloire, je dis aujourd’hui mon admiration et ma reconnaissance. Je n’ai connu auprès de vous que des heures pures et belles. Au Chef illustre qui vous a conduits et qui incarnait la volonté de vivre de la France, vous avez tout donné : votre confiance, votre amour, votre foi, votre espoir, votre vie. A moi qui frémirai de fierté jusqu’à mon dernier jour, de vous avoir eu sous mes ordres et d’avoir servi sous les siens, vous êtes, je vous l’assure attachés à jamais par les liens du cœur et de l’esprit ».

Le 18 juin 1945, le 12ième R.C.A. avec toute la 2ième D.B. est salué par les acclamations de la foule reconnaissante à Paris, entre le Pont de Neuilly et la place de la Concorde, à l’occasion du 1ier discours de Londres du Général de Gaulle. 9 chars du 4ième  Escadron représentent le Régiment.

Le 22 juin, le Général Leclerc fait également ses adieux à Fontainebleau, sur le terrain de la Salle :

« Il y a quelques jours, nous nous recueillions ensemble en pensant à nos morts, et le 18 juin. J’avais l’honneur de défiler une dernière fois à votre tête dans ce Paris que nous avons libéré. Aujourd’hui, appelé par le Général de Gaulle, ainsi que le Général de Langlade, à d’autres fonctions, je quitte cette Division et je viens vous faire mes adieux. J’en quitte le Commandement, mais rassurez vous, je n’en quitte pas l’esprit. Cet esprit qui anima nos actions et nous permit de vaincre, je tiens à vous le rappeler, et à vous le préciser avant de m’éloigner.

En toutes circonstances ce fut certes la recherche du travail et du combat le plus utile aux intérêts français, sans nous laisser arrêter par aucune difficulté. Oui, ce n’est pas seulement la passion du combat, le désir de gloire à tout prix qui ont animé cette Division mais c’est aussi et surtout la recherche au maximum de l’intérêt français,  quelques soient les difficultés. Nous avons vaincu ensemble, c’est bien, mais si nous avons réussi à nous donner ce patriotisme agissant, c’est encore beaucoup mieux. Car ce patriotisme n’est pas aujourd’hui un sentiment chauvin et étroit, dépassé par l’Histoire, mais une nécessité vitale, les évènements de chaque jour le prouvent. Demain comme aujourd’hui, conservez ce patriotisme agissant. Le commandement de cette Division fut facile parce que tous, poursuivant le même but, faisaient preuve d’une camaraderie de combat efficace. Je vous quitte , mais je ne vous oublierai jamais. Vous - même, quand vous sentirez votre énergie fléchir, rappelez vous Koufra, Alençon, Paris, Strasbourg».

Le 1ier Novembre 1945, le 12ième  R.C.A. quitte Fontainebleau pour faire  mouvement à Rambouillet au Quartier de la Vennerie. Le 1ier mars 1946, admis à la retraite, le Lieutenant-colonel Minjonnet fait ses adieux à son Régiment, le 12ième R.C.A.:

 

 

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 «L’heure de la retraite vient de sonner pour moi. Je quitte aujourd’hui le Commandement du 12ième R.C.A.. Je ne vous parlerai pas de l’émotion qui m’étreint en arrivant aux termes d’une carrière de plus de trente ans et en quittant le Commandement du Régiment. Je vous parlerai seulement de la fierté que j’éprouve d’avoir, pendant près de trois ans, exercé ce Commandement qui restera l’honneur de ma vie de soldat. Il m’a apporté, ce Commandement, la plus belle satisfaction que puisse ambitionner la vie d’un Officier: celle de commander au feu la troupe qu’il a formée et de constater que cette troupe se montrait, partout où elle était engagée, égale aux meilleures, digne de ses glorieuses armées de l’Armée d’Afrique, fidèle aux plus belles traditions qui ont fait la réputation de notre Armée.

Je veux adresser mon souvenir affectueux et reconnaissant à tous ceux qui, déjà rentrés dans leurs foyers de France ou d’Afrique, furent nos camarades de combat, et les bons artisans de nos succès. Quant à vous, mes vieux compagnons restés auprès de moi, vous savez trop la place que vous occupez dans mon coeur pour que j’ai besoin d’insister. Je veux encore exprimer ma gratitude et notre souvenir ému à tous ceux qui ont été blesses dans nos rangs, dont beaucoup souffrent encore dans leur chair, et dont beaucoup resteront, hélas, infirmes pour la vie.

Je veux enfin et surtout rendre un dernier hommage à la mémoire de nos morts. Ils étaient les meilleurs parmi nous, et ils l’ont prouvé en consentant sans hésiter au sacrifice suprême. Leurs noms doivent rester gravés dans nos mémoires, et leur exemple doit vivre dans notre souvenir.

Ce souvenir, je vous le lègue, avec l’histoire encore courte,  mais déjà glorieuse de notre Régiment, à vous qui continuez le 12ieme Régiment des Chasseurs d’Afrique.

A vous les anciens du Régiment, à vous qui rentrant de captivité n’avez pas pu vivre les belles heures de la revanche, à vous les jeunes qui êtes nos espoirs dans l’avenir. Tous ensembles vous garderez fidèlement les traditions d’honneur, de discipline, de belle tenue et de valeur technique qui ont fait la force de notre Armée à travers l’Histoire. Tous ensembles, vous travaillerez pour être prêts, comme l’ont été vos aînés, à l’heure peut-être prochaine où le pays devra de nouveau faire appel à ses enfants, à l’heure où la France aura besoin de vous.»

 

 

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 Le 4ième Escadron à Fontainebleau après la fin de la guerre , Capitaine Alfred Canepa au centre

Le Capitaine Canepa restera au commandement du 4ième  Escadron de Chars jusqu’en avril 1946 puis du 2ième Escadron jusqu’en septembreEn octobre 1946, il quittera le 12ième R.C.A. pour rejoindre la Division de Meknes, en tant qu’Officier des sports à l’État-major, jusqu’en 1951. Muté au 6ième  Régiment de Cuirassiers à Sissonne, c’est en tant que Chef d’Escadrons qu’il est engagé dans les guerres d’Indochine 1954 - 55, puis d’Algérie de 1955 à 1962. Lieutenant-Colonel en 1961, Chef de Corps[13] du 11ième Régiment de Cuir à Orange. Il termine sa carrière en 1971 comme Colonel. Il ne fera jamais étalage de ses citations pour faits d’armes, ainsi que de ses décorations[14].

12 RCA CANEPA 11 11 1950 LH copie

Le Capitaine Alfred CANEPA décoré de la Légion d'honneur le 13 décembre 1950.

 

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[2] 2 Bataillons de la 1ier Division des Français Libres ( DFL) , 5 Bataillons de la 3iem Division d’Infanterie algérienne

[3] Les 1ier et 2ieme Escadrons du 12 R.C.A. sont à la disposition du Sous-groupement Massu.

[5] Division commandée par le Général Guillaume

[6] Itinéraire : Ittemheim – Hurtigheim – Offenheim – Fridicheim – Lamperheim – Rothof ferme – Souffel meyerheim – Hoenheim.

[7] Du 3 février au 5 février, il traverse les villages de Dlauteheim, Innenheim, Krautergersheim, Meitratzheim-Shafferzheim, Erstein, Osthouse, Matzenheim , Sand, Rossfeld, Heibstein Boofzheim, frieshenheim, Diebolsheim, Saasenheim, Richtolshein, Artolsheim , Mackenheim.

[8] Le 5 février, lors de la prise du village de Logelheim dans le cadre d’une reconnaissance effectuée par le 1ier Escadron, l’Aspirant FALGUIERES commandant le 3ieme Peloton en remplacement du Lieutenant Canepa, est tué d’un coup de bazooka à la tête. 

[9] 25 mars 1945

[10] 1ier R.M.T., 1er R.M.S.M., 12ieme R.C.A., 12ieme Régiment de Cuirassiers, 1ier RPFM, 3ieme RAC, XI/64 RADB, 40ieme RANA, 13ieme Bataillon du Génie, 297e Compagnie de transport , 397ieme Compagnie de circulation routière, Bataillon médical n° 13,

[11] 21 tués dont 4 Officiers et 3 Sous-officiers. 52 blessés dont 9 Officiers et 10 Sous-officiers

[12] les Pelotons de Miscault et Catala

[13]Après postes de commandement en second aux 5ième et  6ième Régiments des Spahis Marocains, au 8ième Hussard.

[14] Cité 4 fois dont 2 fois à l’ordre de la Division Leclerc entre 1940 et 45. Plusieurs fois Croix de Guerre 39 – 45, Croix de  la Valeur Militaire, Médaille des Evadés, Médaille des Blessés, détenteur de l’insigne américain       « Présidential Unit Citation». Cité deux fois à l’Ordre de la Division et une fois à l’Ordre de l’Armée durant la guerre d’Algérie. Officier de la légion d’honneur, Commandeur de l’Ordre national du mérite. Invalide de la Guerre 39 - 45. 

 

Bibliographie

  • Archives fournies par le Lieutenant-colonel Claude Auboin, ancien du 12ième R.C.A.
  • Historique du 12ième R.C.A. présenté dans le Blog des Anciens
  • Archives de la famille Canepa
  • Journaux de Marche  du 12ième R.C.A., du G.T. L., du 1ier et du 4ième  Escadron de Chars du 12 R.C.A., consultés au Service Historique de la Défense à Vincennes. 
  • La 2ième D.B. - Général Leclerc en France, combats et combattants. - Editions Arts et Métiers Graphiques – 1945. Ouvrage écrit par un groupe d’Officiers et d’hommes de la Division ayant participé à l’épopée. Tiré à 90 exemplaires.
  • Une vie d’Officier, Général André Gribius, éditions France-Empire
  • Suivant Leclerc, Général  Paul de Langlade, éditions Au fil d’Ariane
  • La Victoire de Leclerc à Dompaire – 13 septembre 1944. Jacques Salbaing, Muller édition, octobre 1997
  • L’apport capital de la France dans la victoire des alliés 14/18/39-45, Dominique Lormier. Editions Histoire, mars 2011.
  • Histoire de la France – Georges Duby, membre de l’Académie Française, aux éditions Larousse 1988.
  • Histoire : le monde contemporain 1914 – 1945. J.Bouillon, A.M.Sohn, F.Brunel. Editions Bordas, 1980.
  • Article de Pierre Vonau, Professeur agrégé, Archiviste de la ville de Saverne: la libération de Saverne, novembre 1944

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